White trash: John King (2002) 398p.
John, le king de la street anglaise, des tribunes qui puent le fumi et des pubs qui suintent la pisse ouvrière nous plonge cette fois ci dans l'univers hospitalier. Ruby est une jeune infirmière idéaliste, elle passe son temps à aider les gens et sa vie est tellement une suite de bonnes actions qu'elle finirait sûrement au paradis si elle n'avait pas les défauts classiques de tous les lads angliches. Son job à l'hosto nous montre le quotidien des blouses blanches, anges gardiens de nos déboires qui se font souvent remercier à coups d'engueulades et de salaires minables. Life is pain pour eux aussi. Mais Ruby garde la pêche, c'est la n°10 du CHU. Toujours au taquet sur le taf elle pousse même le vice à s'intéresser aux patients et à avoir de l'empathie pour toute cette clique bigarrée qui doit faire un passage aux urgences pour un coup de couteau dans la bougie, un foie imbibé de malt et de houblon faisandé ou un cancer destructeur qui squatte déjà toute la carcasse d'un sujet de la couronne d'Angleterre.
Jeffreys a la même passion mais pas le même maillot, responsable de la gestion des hôpitaux, il est plus dans l'efficacité allemande, c'est clair et strict, pas de place pour l'humanisme ou les sentiments. Le système hospitalier peut et doit être géré comme une entreprise si on veut du résultat et que la misère humaine ne vienne pas ensabler tout ce bel engrenage. Il est pas vraiment méchant, il ne vient juste pas du même monde que tous les patients qu'ils rencontrent, ces feignasses qui n'ont pas pris soin d'eux, qui ont trouvés la bonne excuse d'une vie difficile pour se laisser aller et ainsi venir encombrer les salles d'attentes déjà surpeuplées des hôpitaux anglais. Il est de l'élite et pense comme elle, il ne faut pas perdre de temps avec les boulets, un esprit sain dans un corps sain et si tu arrives pas à suivre bah faudra pas venir pigner si on te laisse dans tes excréments faute de personnel pour venir nettoyer tout ton bordel. La vie est ce que tu en fais et ce genre de personne ne s'intéresse pas trop aux facteurs sociaux considérés comme des excuses faciles pondus par des sociologues un peu trop babtous fragiles.
Deux visions du système hospitalier anglais qui se croisent dans ce bouquin, deux classes sociales qui ne se comprennent guère. Un système au bord de l'implosion tellement les coupes drastiques l'ont sabordé et qui peine à aider toute la populace qui le sollicite. Peut être pas le meilleur bouquin de John King (sûrement dû au fait que certains autres sont vraiment géniaux, il aurait écrit que des merdes celui là deviendrait un chef d'oeuvre) mais un bon roman noir qui se lit bien. Cimer à Gavroche pour ce cadeau, ça vaudra peut être une pinte fraîche un de ces quatre.
" Il double un bus et en profite pour jeter un coup d'oeil sur sa gauche. Choc à la vue de tant de corps amassés, sensation de bien-être évanouie: il se voit démuni, forcé de voyager avec les masses. Incarcéré dans le bus. Pressé contre les habits rances des hommes et des femmes qui regardent droit devant eux et ne disent rien. Entouré de mineurs délinquants qui déballent toute leur vie. Des collégiens qui ont déjà mal tourné, qui crachent et qui jurent. Se moquent de ses manières. Poumons pulvérisés par un troupeau de sorcières. Cheveux emmêlés. Edentées. Haleine fétide: nausée. Il sent les manteaux usés sur sa peau, le tissu trempé de transpiration. Ces harpies sortent tout droit des pages de Shakespeare. Des putains pipelettes qui serrent des jouets en plastique contre leur poitrine affaissée. Des cadeaux pour leurs morveux de petits-enfants qui leur revaudront ça à coups de crimes violents et de morale douteuse. des poupées pour les filles et des pistolets pour les garçons. Quand ils seront ados, les garçons voleront des voitures et cambrioleront les retraités. pendant que les filles se poignarderont à coups d'aiguilles à tricoter. Passeront d'un partenaire sexuel à l'autre, complètement défoncées. Se transmettront la syphilis et l'herpès avec une nonchalance que Jeffreys trouve obscène."
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8.31.2017
8.30.2017
Lycos va chercher.
Les chiens de guerre: Frederick Forsyth (1974) 625p.
Ce livre pourrait servir dans les cours de géopolitique tellement il est proche de la
réalité de l'époque des années 70. Pas de problème d'anachronisme vu que maintenant pas grand chose n'a changé dans la façon de faire de nos protagonistes. Tout d'abord nous avons un patron véreux d'un consortium anglais quelconque, ça pourrait être n'importe lequel de ceux qui font la pluie et le beau temps (façon de parler vu le merdier écologico-social de leurs affaires) dans les nations du Sud du globe. Fini le colonialisme à la Jacquie & Michel Sardou, on préfère la jouer discret et ne pas dévoiler ses cartes. On tente une approche plus proche de l'associé du Diable que de Bob Denard et ses treillis camouflage déambulant devant les caméras de télévision. Bref dans un pays africain fictif vit un dictateur patenté, jusque là rien de nouveau sous le soleil, mais ce que notre Bokassa d'opérette ne sait pas c'est qu'il est assis sur un tas de minerais précieux qui pourrait lui permettre de faire son sketch pendant des plombes sans trop se soucier de sa populace ou des guignolos de l'ONU. Le but du jeu du consortium est donc d'envoyer une petite troupe de mercenaires triés sur le volet afin de remplacer le tyran local par un autre un peu plus propice à signer des contrats juteux pour la société et faire exploser les actions en bourse. Capitalism is fun!
Mais voilà pour pouvoir recruter une équipe comme l'Agence tous risques il faut faire croire au mercenaire en chef que tout ceci se passe surtout pour sauver la population locale du joug de l'oppresseur et pas remplacer un clampin en uniforme d'apparat par un autre clampin qui serait passé à la même fashion week. Bah ouais les mercenaires c'est des gars au grand coeur avec des valeurs de ouf. Bref pas mal d'embrouilles, de non-dits et de stratégies parallèles sont nécessaires pour que tout le monde puisse croire à ce sketch et ne pas se considérer comme des tas de merde puissance 1000.
L'auteur est considéré comme l'inventeur du techno-thriller, il nous plonge dans tous les détails qui permettent ce genre d'opérations: coups d'états, assassinats ciblés, contrats passés à l'avance entres multinationales et états, corruption via les banques suisses et des autres paradis fiscaux. On croirait lire un reportage sur la dégueulasserie humaine tellement c'est précis. Pour en revenir au bouquin, on suit donc les cheminements croisés entre le big boss des mercenaires qui fait le tour du monde pour réunir son équipe et n'oublier aucun détail pour aller rappeler au dictateur que la démocratie arrive à grands renforts de bazookas et de fusils mitrailleurs et les sous-fifres de la holding qui s'évertuent à rédiger des contrats taillés sur mesure pour préparer une future et tellement illusoire légitimité à leurs actes. C'est vraiment du grand art et hyper instructif et ça nous permet de voir jusqu'où l'homme est prêt à aller pour être considéré comme le dernier des bâtards.
Le grand final se jouera donc dans ce pays imaginaire mais tellement proche des potentats tropicaux actuels où tous les vautours de la finance et autres pilleurs de matières premières se rejoignent pour mettre un sacré merdier mais comme on dit chez les coupeurs de têtes à la Mac Leod: il ne doit en rester un!
Frederick Forsyth né à Ashford en Angleterre en 1938 il sera journaliste chez REUTERS et correspondant diplomatique à la BBC, il couvrira ainsi pas mal de champs de guerre et verra de près les arrangements secrets entre les différents protagonistes des sauteries sanglantes telles que la guerre du Biafra. En conflit avec sa chaîne pour manque de partialité il deviendra un écrivain spécialisé dans les écrits sur la diplomatie et les services secrets. Chacal et Le dossier Odessa seront ses premiers gros succès. Inventeur du techno-thriller il sera régulièrement considéré comme un véritable spécialiste des arcanes secrètes des conflits et écrira en tout 13 romans.
Ce livre pourrait servir dans les cours de géopolitique tellement il est proche de la
Mais voilà pour pouvoir recruter une équipe comme l'Agence tous risques il faut faire croire au mercenaire en chef que tout ceci se passe surtout pour sauver la population locale du joug de l'oppresseur et pas remplacer un clampin en uniforme d'apparat par un autre clampin qui serait passé à la même fashion week. Bah ouais les mercenaires c'est des gars au grand coeur avec des valeurs de ouf. Bref pas mal d'embrouilles, de non-dits et de stratégies parallèles sont nécessaires pour que tout le monde puisse croire à ce sketch et ne pas se considérer comme des tas de merde puissance 1000.
L'auteur est considéré comme l'inventeur du techno-thriller, il nous plonge dans tous les détails qui permettent ce genre d'opérations: coups d'états, assassinats ciblés, contrats passés à l'avance entres multinationales et états, corruption via les banques suisses et des autres paradis fiscaux. On croirait lire un reportage sur la dégueulasserie humaine tellement c'est précis. Pour en revenir au bouquin, on suit donc les cheminements croisés entre le big boss des mercenaires qui fait le tour du monde pour réunir son équipe et n'oublier aucun détail pour aller rappeler au dictateur que la démocratie arrive à grands renforts de bazookas et de fusils mitrailleurs et les sous-fifres de la holding qui s'évertuent à rédiger des contrats taillés sur mesure pour préparer une future et tellement illusoire légitimité à leurs actes. C'est vraiment du grand art et hyper instructif et ça nous permet de voir jusqu'où l'homme est prêt à aller pour être considéré comme le dernier des bâtards.
Le grand final se jouera donc dans ce pays imaginaire mais tellement proche des potentats tropicaux actuels où tous les vautours de la finance et autres pilleurs de matières premières se rejoignent pour mettre un sacré merdier mais comme on dit chez les coupeurs de têtes à la Mac Leod: il ne doit en rester un!
Frederick Forsyth né à Ashford en Angleterre en 1938 il sera journaliste chez REUTERS et correspondant diplomatique à la BBC, il couvrira ainsi pas mal de champs de guerre et verra de près les arrangements secrets entre les différents protagonistes des sauteries sanglantes telles que la guerre du Biafra. En conflit avec sa chaîne pour manque de partialité il deviendra un écrivain spécialisé dans les écrits sur la diplomatie et les services secrets. Chacal et Le dossier Odessa seront ses premiers gros succès. Inventeur du techno-thriller il sera régulièrement considéré comme un véritable spécialiste des arcanes secrètes des conflits et écrira en tout 13 romans.
8.01.2017
Soumission suicide.
Bon autant vous l'avouer tout de suite on m'a refourgué ce bouquin en me disant qu'il fallait
Le narrateur du roman est un prof de fac qui a acquis un peu de notoriété grâce à sa thèse sur Huysmans. Tout au long du bouquin l'auteur fera des analogies entre son héros et le grand écrivain, cette façon de faire me laisse assez perplexe, c'est comme si pour te rendre hommage on faisait venir un orchestre de mongols gavé au speed, le résultat serait assez déroutant, on en conviendra. J'ai l'impression qu'on essaie de récupérer le talent d'un auteur pour cautionner la médiocrité d'un livre. Faut pas se le cacher, on a dans les mains un roman de gare qui se lit plus vite qu'un Paris-Molenbeek donc on on est loin de l'oeuvre du bon vieux Joris-Karl.
Bref notre "héros" n'a pas de grande passion dans la vie, amoureux des femmes qui lui rendent comme elles le peuvent il parvient pourtant à nous faire part de sa vie sexuelle comme le ferait Strauss-Kahn après avoir pris de la MD, le côté cru de certains passages font de ce bouquin du sous Beigbeider pour quinquagénaire. La France pendant ce temps là, "grâce" à sa démocratie si merveilleuse est maintenant dirigée par la Fraternité musulmane, sorte de Macronie halal qui regrouperait tout et n'importe quoi pour le meilleur des mondes apaisé. Plus de conflits sociaux, de problèmes raciaux, les conversions pleuvent et permettent de garder son boulot car pour Houellebecq ce changement de régime ne pouvait entraîner qu'une France islamiste qui appliquerait à la lettre une charia européenne des plus improbables. Polygamie, mariage avec des gamines, pas sûrs que tous les muslims kiffent la vision fantasmée de l'auteur mais bon, son ton nonchalant font qu'on ne peut pas vraiment en vouloir à cet homme. Personnage morne et triste dont on ne sait même plus si c'est l'écrivain ou le héros qui s'exprime dans les pages du bouquin, ersatz d'un Zemmour, symbole d'un babtou fragile qui se lamente sur la perte de nos valeurs tout en se paluchant sur un virilisme exacerbé venu de la Méditerranée.
Mais laissons à la magie du roman le bénéfice du doute et continuons dans ce chef d'oeuvre taillé pour finir chroniqué chez Fdesouche. François le prof de fac taciturne se complaît assez rapidement dans cette situation où l'islamisme rigoriste se mixe sans trop de problème avec la beauferie de PMU, sûrement le résultat du génie français. Les français sont des moutons allant tranquilou à une fête de l'Aïd et les seuls résistants à ce messianisme sont une armada de pseudos-intellectuels issus de la mouvance identitaire, On nage à fond dans la théorie de l'Eurabia, Jean Moulin a une méchouille et boit du château-neuf-du-pape pour éviter le grand remplacement. Bref on frise le mauvais article géostratégique de Marianne dans bien des passages, ça paraît difficilement crédible de pouvoir écrire ces pages si dénuées de sens pour un écrivain si connu. François ira même jusqu'à tenter un road trip huysmanien pour goûter un peu au génie de l'auteur, peine perdue. Ce livre se lit vite car il est vide. Houellebecq comme tant d'autres devrait arrêter les plateaux télés et s'enfermer dans sa bibliothèque. La soif médiatique étant inversement proportionnelle avec la perfection littéraire.
(+1 pour la couverture bien pute à clics mais ça l'auteur n'y est sûrement pour rien).
7.28.2017
Street of rage!
Rypley Bogle: Robert Mc Liam Wilson (1989) 463p.
Bim! 4 jours dans la vie d'un clodo londonien c'est autre chose qu'un épisode de Baldipata. Ici on suit les pérégrinations et surtout les pensées de Rypley Bogle, jeune échalas de 21 ans qui traîne sa carcasse de BG décadent dans les rues plus ou moins smart de London city. Il faut dire qu'on est pas tombé sur le plus con des guides de voyage, on comprend aisément que le gars est surdoué, ses réflexions, son cynisme, tout ça vole un peu plus haut qu'une putain d'armée de pigeons diabétiques sur Trafalgar Square. Pourtant on peut pas dire que les bonnes fées s'étaient penchées sur son berceau, on est plus dans le scénar de Shameless avec une mère qui fait le tapin avec tous les clampins du bled, un père alcoolo high level et une brassée de frères et soeurs qui tentent comme ils peuvent de survivre dans un quartier ouvrier catholique de Belfast Ouest pendant la période pas vraiment rose du conflit Nord irlandais. Ca commence à faire pas mal d'embûches pour un seul homme me direz vous et pourtant c'est dans cet environnement que Rypley a du faire ses premières armes. Il se réfugiera dans les livres pour échapper un peu à tout ce cirque et c'est sûrement ça qui lui fera comprendre qu'il est peu être différent de tout le merdier qui l'entoure.
Mais voilà être surdoué c'est pas vraiment ça que tout le monde kiffe dans la sous working class de Belfast, on est plus fasciné par des neuneus qui se pochtronnent dans les pubs ou participent à la guerre sanglante entre les sous groupes de l'IRA, donc les promenades à la bibliothèque ça fait quand même bien tarlouze dans cet univers ultra machiste. Rypley Bogle est pourtant un pur produit du terroir local, il se bagarre, a un penchant non négligeable pour l'alcool et comble de la connerie finit même par sortir avec une protestante. Du coup on stoppe tout, le mec vient de franchir la ligne rouge, tous les pourris qui le côtoient, famille en tête lui font comprendre qu'on déconne pas avec ça. Merde les protestants quoi! Du coup Rypley se barre de chez lui et commence à zoner dans Belfast. Tu peux zapper ton lonely planet on est plus dans du Dickens. Il traînera quelque temps dans cette ville qui s'évertue à se détruire par tous les moyens. Du pur sabotage élaboré par tous les salauds locaux qu'ils soient voyous, poivrots, terroristes ou un mix improbable des trois.
Autant dire qu'on comprend presque pourquoi Rypley décide d'aller tenter la grande aventure à Londres, terre promise pour tous les clampins du grand empire britannique. Notre héros, car s'en est un, va vite comprendre que la capitale anglaise est aussi une terre dure et impitoyable pour ceux qui n'ont pas les moyens de ses excès. Entre poésie et cynisme décomplexé, ce jeune homme aux idées claires vu sa situation brinquebalante et sa santé chancelante va nous faire visiter son Londres, les différentes heures de la journée étant plus propices à certains quartiers qu'à d'autres, les personnages bons ou dégueulasses qui peuplent cette mégalopole bigarrée. Des terrains de cricket d'une jeunesse dorée aux rues sordides pour toxicos violents il dresse le portrait de cette faune qui joue son rôle dans cet univers en carton pâte. Dans ce monde où Georges Orwell aimait traîner il n'y a que des innocents aux mains pleines et des coupables bourrées d'excuses, rien n'est noir ou blanc, tout est gris sous cette brume qui détruit les poumons et assèche le cerveau.
On découvrira aussi que peut être Rypley Bogle a quelque peu menti durant l'aventure, mais qui ne veut pas se donner le beau rôle? On lui pardonnera sûrement tellement il nous a touché. Véritable aventure humaine qui dépeint le climat social de cette Angleterre de la fin des années 80 entre violence sociale et humanisme gratuit, ce bouquin est juste une claque monumentale, ultra recommandé.
Note sur l'auteur: Robert Mc Liam Wilson a écrit Rypley Bogle entre 22 et 25 ans, ce roman quasi autobiographique lui ouvrira la porte des prix littéraires. Ces autres romans "Eureka Street" et "Manfred's pain" parlent eux aussi du quotidien à Belfast, cette ville qui reste le héros primordial de ses bouquins, mélange d'amour et de haine pour ce petit coin abandonné de tous, détruit par des années de guerre civile et par les politiques sociales de la perfide Albion. Il a aussi participé avec un photographe au bouquin "Les dépossédés" qui témoigne du quotidien de familles dans les ghettos pauvres qui jalonnent le Royaume-Uni. Bref ce type est juste un génie de l'écriture, racontant la
street, la bassesse humaine et le foutoir dans lequel il a vraiment évolué de la manière la plus proche possible. Toute son oeuvre vaut le coup et me fait penser au dernier numéro de Manière de Voir le hors série bimestriel du journal Le Monde diplomatique sur le Royaume-Uni.
Bim! 4 jours dans la vie d'un clodo londonien c'est autre chose qu'un épisode de Baldipata. Ici on suit les pérégrinations et surtout les pensées de Rypley Bogle, jeune échalas de 21 ans qui traîne sa carcasse de BG décadent dans les rues plus ou moins smart de London city. Il faut dire qu'on est pas tombé sur le plus con des guides de voyage, on comprend aisément que le gars est surdoué, ses réflexions, son cynisme, tout ça vole un peu plus haut qu'une putain d'armée de pigeons diabétiques sur Trafalgar Square. Pourtant on peut pas dire que les bonnes fées s'étaient penchées sur son berceau, on est plus dans le scénar de Shameless avec une mère qui fait le tapin avec tous les clampins du bled, un père alcoolo high level et une brassée de frères et soeurs qui tentent comme ils peuvent de survivre dans un quartier ouvrier catholique de Belfast Ouest pendant la période pas vraiment rose du conflit Nord irlandais. Ca commence à faire pas mal d'embûches pour un seul homme me direz vous et pourtant c'est dans cet environnement que Rypley a du faire ses premières armes. Il se réfugiera dans les livres pour échapper un peu à tout ce cirque et c'est sûrement ça qui lui fera comprendre qu'il est peu être différent de tout le merdier qui l'entoure.
Mais voilà être surdoué c'est pas vraiment ça que tout le monde kiffe dans la sous working class de Belfast, on est plus fasciné par des neuneus qui se pochtronnent dans les pubs ou participent à la guerre sanglante entre les sous groupes de l'IRA, donc les promenades à la bibliothèque ça fait quand même bien tarlouze dans cet univers ultra machiste. Rypley Bogle est pourtant un pur produit du terroir local, il se bagarre, a un penchant non négligeable pour l'alcool et comble de la connerie finit même par sortir avec une protestante. Du coup on stoppe tout, le mec vient de franchir la ligne rouge, tous les pourris qui le côtoient, famille en tête lui font comprendre qu'on déconne pas avec ça. Merde les protestants quoi! Du coup Rypley se barre de chez lui et commence à zoner dans Belfast. Tu peux zapper ton lonely planet on est plus dans du Dickens. Il traînera quelque temps dans cette ville qui s'évertue à se détruire par tous les moyens. Du pur sabotage élaboré par tous les salauds locaux qu'ils soient voyous, poivrots, terroristes ou un mix improbable des trois.
Autant dire qu'on comprend presque pourquoi Rypley décide d'aller tenter la grande aventure à Londres, terre promise pour tous les clampins du grand empire britannique. Notre héros, car s'en est un, va vite comprendre que la capitale anglaise est aussi une terre dure et impitoyable pour ceux qui n'ont pas les moyens de ses excès. Entre poésie et cynisme décomplexé, ce jeune homme aux idées claires vu sa situation brinquebalante et sa santé chancelante va nous faire visiter son Londres, les différentes heures de la journée étant plus propices à certains quartiers qu'à d'autres, les personnages bons ou dégueulasses qui peuplent cette mégalopole bigarrée. Des terrains de cricket d'une jeunesse dorée aux rues sordides pour toxicos violents il dresse le portrait de cette faune qui joue son rôle dans cet univers en carton pâte. Dans ce monde où Georges Orwell aimait traîner il n'y a que des innocents aux mains pleines et des coupables bourrées d'excuses, rien n'est noir ou blanc, tout est gris sous cette brume qui détruit les poumons et assèche le cerveau.
On découvrira aussi que peut être Rypley Bogle a quelque peu menti durant l'aventure, mais qui ne veut pas se donner le beau rôle? On lui pardonnera sûrement tellement il nous a touché. Véritable aventure humaine qui dépeint le climat social de cette Angleterre de la fin des années 80 entre violence sociale et humanisme gratuit, ce bouquin est juste une claque monumentale, ultra recommandé.
Note sur l'auteur: Robert Mc Liam Wilson a écrit Rypley Bogle entre 22 et 25 ans, ce roman quasi autobiographique lui ouvrira la porte des prix littéraires. Ces autres romans "Eureka Street" et "Manfred's pain" parlent eux aussi du quotidien à Belfast, cette ville qui reste le héros primordial de ses bouquins, mélange d'amour et de haine pour ce petit coin abandonné de tous, détruit par des années de guerre civile et par les politiques sociales de la perfide Albion. Il a aussi participé avec un photographe au bouquin "Les dépossédés" qui témoigne du quotidien de familles dans les ghettos pauvres qui jalonnent le Royaume-Uni. Bref ce type est juste un génie de l'écriture, racontant la
street, la bassesse humaine et le foutoir dans lequel il a vraiment évolué de la manière la plus proche possible. Toute son oeuvre vaut le coup et me fait penser au dernier numéro de Manière de Voir le hors série bimestriel du journal Le Monde diplomatique sur le Royaume-Uni.
2.05.2017
Dernier tango en boucherie
Tardi le prolifique et talentueux nous livre une nouvelle bd sur la 1ère guerre mondiale, le dessinateur porte tout au long de son oeuvre cette boucherie moderne comme son fardeau, sa croix. Encore une fois Le dernier assaut nous montre où nous amène le génie humain. Personne n'en sortira vivant à part les marchands de canons, comme d'hab le ton est cynique, blasé mais tellement percutant. Face à ces milliers d'hommes envoyés pourrir dans un enfer de Dante créée par les politiciens et les riches industriels. Comment sortir de ça indemne? Nos aïeux envoyés au delà des pires souffrances, héros sans noms aux visages défigurés et aux souvenirs que personne ne voulaient croire ou même entendre. Vite oublier, la paix des capitalistes est une kermesse à flonflon et orchestre folklorique. Les gueules cassées, les carcasses inconnues retournées mille fois dans la boue par les pluies d'obus, les soldats pour qui la respiration ne devient plus qu'une longue et lente agonie grâce aux inventives facéties des chimistes européens, les amputés, les fusillés pour l'exemple, les laissés pour compte, les fleurs au fusil & les couronnes sur les tombes.
La première guerre mondiale est le symbole européen du modernisme destructeur. L'alliance de la soif de l'argent et de puissance qui poussera des nations par dizaines dans le chaos des assauts sauvages, des corps à corps où l'on tue l'ennemi à coups de pelles, des charges héroïques et inutiles sous la mitraille et les shrapnels. Le courage et la lâcheté entremêlé comme les corps dans les barbelés servant de repas aux corbeaux, c'est donc ça le progrès? Tout ce que l'homme a pu inventer de pire expérimenté sur quelques no man's land improbables, zones de souffrance définis sur des cartes d'états-majors d'où des généraux aux multiples décorations et aux uniformes impeccables décident en un tour de main de sacrifier la vie et l'espoir de milliers des leurs. Cette guerre ne façonnera pas l'Europe moderne puisque l'artiste peintre autrichien viendra prendre sa revanche quelques années plus tard.
L'état-major français se croit en 1914 au dessus du lot. Fort d'un empire colonial et de la chair à canon qui l'accompagne, de l'esprit aiguisé et batailleur du gaulois, alimenté par la multitude de la jeunesse sortie des écoles et des usines pour enfiler l'uniforme bleu, encouragé par la propagande belliciste et la foule imbécile, il ne pouvait rien arriver de bien méchant. La guerre ne serait qu'une partie de plaisir, un road trip chez les fridolins et on allait montrer au Kaiser de quel bois se chauffe la nation française. Le scénario était sympa mais quatre ans plus tard c'est une victoire dans la douleur. La boucherie a été abyssale, toute une génération réduite à néant pour rien.
Augustin est brancardier dans cette armée en débandade, 4 ans de conflit qu'il a traversé comme il a pu, au milieu des copains morts et des salauds vivants, entre les gaz moutarde et les viscères de ses frères d'armes. Dans cette bd on suit donc un bout de son errance dans cet univers sans nom. Les dessins caractéristiques de Tardi nous transporte dans cette horreur si programmée, si décidée. Se dire que ça aurait pu être éviter et arriver à un tel résultat. Le livre est accompagné d'un cd et j'ai un peu flippé en l'écoutant la première fois. Dominique Grange y chante le quotidien de la guerre, le quotidien de ces jeunes hommes qui ne reviendront plus. Triste litanie en hommage à tous ceux profondément détruits par ce fiasco. Elle est accompagnée par le groupe Accordzéam et ouais là je m'attendais à un mix entre du jazz manouche et du Marcel & son orchestre et heureuse surprise on reste sur de la chanson française sans fioriture avec l'ambiance qu'il faut vu les textes.
Tardi signe encore un pur bouquin, ça en devient lassant de sa part, plus que vivement recommandé.
La première guerre mondiale est le symbole européen du modernisme destructeur. L'alliance de la soif de l'argent et de puissance qui poussera des nations par dizaines dans le chaos des assauts sauvages, des corps à corps où l'on tue l'ennemi à coups de pelles, des charges héroïques et inutiles sous la mitraille et les shrapnels. Le courage et la lâcheté entremêlé comme les corps dans les barbelés servant de repas aux corbeaux, c'est donc ça le progrès? Tout ce que l'homme a pu inventer de pire expérimenté sur quelques no man's land improbables, zones de souffrance définis sur des cartes d'états-majors d'où des généraux aux multiples décorations et aux uniformes impeccables décident en un tour de main de sacrifier la vie et l'espoir de milliers des leurs. Cette guerre ne façonnera pas l'Europe moderne puisque l'artiste peintre autrichien viendra prendre sa revanche quelques années plus tard.
L'état-major français se croit en 1914 au dessus du lot. Fort d'un empire colonial et de la chair à canon qui l'accompagne, de l'esprit aiguisé et batailleur du gaulois, alimenté par la multitude de la jeunesse sortie des écoles et des usines pour enfiler l'uniforme bleu, encouragé par la propagande belliciste et la foule imbécile, il ne pouvait rien arriver de bien méchant. La guerre ne serait qu'une partie de plaisir, un road trip chez les fridolins et on allait montrer au Kaiser de quel bois se chauffe la nation française. Le scénario était sympa mais quatre ans plus tard c'est une victoire dans la douleur. La boucherie a été abyssale, toute une génération réduite à néant pour rien.
Augustin est brancardier dans cette armée en débandade, 4 ans de conflit qu'il a traversé comme il a pu, au milieu des copains morts et des salauds vivants, entre les gaz moutarde et les viscères de ses frères d'armes. Dans cette bd on suit donc un bout de son errance dans cet univers sans nom. Les dessins caractéristiques de Tardi nous transporte dans cette horreur si programmée, si décidée. Se dire que ça aurait pu être éviter et arriver à un tel résultat. Le livre est accompagné d'un cd et j'ai un peu flippé en l'écoutant la première fois. Dominique Grange y chante le quotidien de la guerre, le quotidien de ces jeunes hommes qui ne reviendront plus. Triste litanie en hommage à tous ceux profondément détruits par ce fiasco. Elle est accompagnée par le groupe Accordzéam et ouais là je m'attendais à un mix entre du jazz manouche et du Marcel & son orchestre et heureuse surprise on reste sur de la chanson française sans fioriture avec l'ambiance qu'il faut vu les textes.
Tardi signe encore un pur bouquin, ça en devient lassant de sa part, plus que vivement recommandé.
2.04.2017
Dans mon tank j'ai coulé une bielle
tous les chanceux habitants de l'empire soviétique et les soldats y devenaient le symbole grandiloquent de l'ordre de la faucille et du marteau. Autant vous dire que ça sentait pas la grosse gaudriole dans les casernes slaves. Le règlement, missel bureaucratique du régime, est la source et la réponse à tous les problèmes ou questionnement. Les dictatures kafkaïennes des pays satellites se sont crées des livres valant paroles d'évangiles. Le clampin moyen vivant dans ces havres de liberté n'a plus qu'à appliquer à la lettre les prérogatives et il ne pourra que devenir l'homme nouveau du socialisme réel. Pas de bol c'est souvent un ramassis de contre-sens et de délires mystico-politiques qui ne font que brider la vie encourageant la délation, le repli sur soi et la peur perpétuelle. Beau résultat qui fera le succès des polices secrètes et des prisons mouroirs. La Tchécoslovaquie comme ses voisins à drapeaux rouges ne fera pas exception à la perte totale d'indépendance face à l'encombrant voisin moscovite et son mode de vie totalitaire.
En 1953, on combat le capitalisme et on flippe pas mal de voir les chars Sherman des yankees venir débouler sur les plates bandes du paradis terrestre. Du coup on a un peu tendance à la paranoïa, ce qui tout le monde le sait est la meilleure conseillère possible quand on a la responsabilité d'une armada de tanks. Toujours sur le qui-vive, les unités de défense tchèques n'en restent pas moins un pion dans une guerre froide qui ne se dégivre guère. Bref tension maximale pour une action minimum. Le service militaire, passage obligé de toute cette jeunesse n'est qu'une suite indigeste d'humiliations, d'ordres incohérents et de discours lénifiants sur Lénine. Les héros de ce bouquin ne sont pas vraiment des chiens de guerre mais juste des rouages d'un système inhumain qui ne rêvent que de la vie civile, des filles faciles et peut être d'un boulot pas trop relou quand il faudra virer le treillis. C'est quand même dingue que les mecs ambitionnent pas de concurrencer Stakhanov dans une mine de sel où de vouloir s'enrôler comme spetsnaz pour aller défendre la Sibérie juste avec sa bite et son couteau. Ambiance à la Kundera mais en mode farce. Les protagonistes sont les pieds nickelés du marxisme chapeautés par des sadiques incompétents qui ne vivent que par et pour le maigre pouvoir qu'ils ont sur leurs subordonnées.
En fait c'est comme dans une société capitaliste (cherche pas t'as les deux pieds dans cette merde) quand ton manager se branle la nouille en pensant au pouvoir qu'il a d'engueuler des gamins en stages ou de changer des plannings à sa guise, c'est du gagne-petit, de la gaudriole pour blasés, de la fierté discount pour lâches.
Les entraînements en T-34 se succèdent pour de bien piètres résultats. La fierté blindée russe qui avait zlatané les tigres teutons pendant la seconde guerre mondiale ne sert plus que de personnage subalterne dans une guerre qui ne serait que nucléaire. Les soldats quand à eux, troufions à perpet' resteront dans ce cas là une chair à canon toute trouvée, rempart bien fragile entre deux blocs qui se haïssent. Ce livre nous montre ce système implanté derrière le mur de Berlin et qui perdurera jusqu'à ce que la dictature de l'argent remporte la partie sur des peuples déjà écrasés. Avec humour et cynisme, Josef Skvorecky nous raconte le quotidien de toute cette jeunesse sacrifiée au nom d'intérêts internationaux.
Un bouquin qui se lit vite et qu'est recommandé par les temps actuels. Pour tous ceux qui ne veulent plus se prendre la tête et qui sont prêts à lâcher prise sur quelques unes de leurs libertés au profit d'un homme fort, d'un guide, d'un chef qui prendrait les bonnes décisions à leurs places et les renverraient dans ce monde enfantin où ils n'ont plus qu'à suivre sans se poser de questions.
" L'adjudant avait l'impression de s'éveiller après une idylle pastorale où des bergers en uniforme menaient paître des brebis au coeur simple pour les lâcher deux ans plus tard dans le monde atrocement compliqué d'une incompréhensible partie de checks and balances, où toute l'activité humaine et administrative se ramenait à une lutte incessante pour des places avantageuses, meilleures et plus lucratives encore. Il lui semblait que cette société complexe de camarades était liée par un fil excessivement ténu d'amitiés et d'inimités réciproques, d'obligations et de service, de sympathies et d'antipathies mutuelles, de liens de parenté et de rapports qui rappelaient les lois de la vengeance par le sang; qu'il y avait là, toujours en cours des opérations compliquées pour lesquelles il fallait compter avec l'aide des uns, la résistance des autres et les intrigues possibles de tierces et multiples parties. Il était stupéfait du travail cérébral visiblement immense que l'on consacrait ici à la combinaison des possibles, à l'évaluation des forces et des faiblesses, de la valeur qu'acquérait la connaissance de certains actes aux fins de chantage, ou l'ignorance d'autres actes. Face au paisible je-m'en-foutisme de l'armée, les civils semblaient vivre dans un état de préparation permanente au combat, livrer en permanence avec un courage obstiné le fraternel combat de tous contre tous dont le but et le sens disparaissaient on ne savait où dans l'incompréhensible, car toute cette action confuse, financée pour d'impénétrables motifs avec les ressources de l'Etat, semblait être le modèle le plus exemplaire de l'instabilité des choses, de cet ultime vestige de grec galvaudé dans les séances d'éducation politique: panta rei; des transformations incessantes dans la lutte dialectique des contraires où les uns émergent tandis que d'autres disparaissent sous la surface de la carrière, et ceux qui se noyaient attiraient les autres par les pieds pour remonter bien vite à la surface en se hissant sur les épaules de ceux qui coulaient."
9.17.2016
A l' Est, du nouveau.
Erich Maria Remarque est un écrivain dont j'apprécie particulièrement l'univers. Il est surtout connu pour "A l'Ouest rien de nouveau" , bouquin qui ne parle malheureusement pas de la love affair entre Jacques Auxiette et les pays de la poire mais bien du conflit entre les chleus et nos illustres aïeux pour savoir qui aurait le droit de cuissage sur des cigognes alsaciennes à peines pubères. Ce livre illustre la vie quotidienne d'un soldat allemand dans l'enfer de la 1ère guerre mondiale et le quotidien kafkaïen qui y a perduré pendant des années. Le pacifisme revendicatif du bouquin vaudra à son auteur le droit d'aller s'exiler aux states pendant que les zinas se réchaufferont les étendards en brûlant l'ouvrage en place publique. Bah ouais Hitler a jamais trop kiffé les mecs qui se paluchent pas sur le devoir sacré d'aller se faire déboulonner la ganache dans la boue pour un idéal patriotique des plus fourvoyé. Bref si t'as été au collège au moins une fois dans ta vie (et en imper à la sortie n'est pas vraiment considéré comme une assiduité exemplaire) t'as du avoir ce livre entre les pognes.
Remarque a écrit une dizaine de bouquins ayant souvent attraits à la guerre et à la vision du soldat de base qui se retrouve plongé dans ce marasme sanguinaire duquel personne ne sort indemne. Ces romans se prolongent sur une période qui commence au début du XXème siècle et qui iront jusqu'à la fin du Reich de presque 1000 ans. L'ambiance de ses différents livres est donc assez proche. On y découvre des humains balayés par des évènements internationaux que personne ne maîtrise. La guerre, les tentatives révolutionnaires de l'Allemagne de l'entre-deux-guerres, la brutalité de la dictature nazie, le tout illustré par la résignation des foules, la médiocrité ambiante et valorisée mais aussi le combat de quelques uns pour essayer de ne pas devenir des animaux dans cette foire d'empoigne mondialisée.
"L'île d'espérance" a aussi été sorti sous le titre "Un temps pour vivre, un temps pour mourir", du coup vu que je suis hyper malin, je l'ai sous les deux noms ce qui me permet d'avoir une bibliothèque qui me ferait passer pour un érudit vis à vis d'un chasseur de pokémon et pour un guignol envers un amateur de littérature, deux salles, deux ambiances, en quelque sorte.
Ernst Graber, jeune soldat de la Wehrmacht de 23 ans est déjà un vétéran des road trip hitlériens: la ballade en Frankreich, le Paris Dakar en panzer pour faire découvrir nos ancêtres vikings aux peuplades africaines, et pour finir il se retrouve à se geler les miches grâce à l'Opération Barbarossa dans les ruines d'un village russe. La blitzkrieg n'est plus vraiment à l'ordre du jour depuis que les orgues de Staline ont poussées leurs sérénades au dessus des fridolins. Bref à l'Est y a du nouveau et c'est pas franchement rassurant pour les jeunesses hitlériennes qu'on enrôlent à tour de bras tendu pour aller remplacer les pertes abyssales de l'armée allemande face à l'ogre soviétique. Mais Graber est un chanceux, malgré la débâcle qui commence à pointer il a droit à une permission de trois semaines pour retourner au pays voir sa famille et profiter des bons vieux bretzels de sa daronne.
Contrairement au nuage radioactif de Tchernobyl, les bombardiers américains et anglais ont réussis à traverser les frontières et autant vous dire que notre jeune héros va avoir besoin d'un bon google map pour se retrouver dans son bled natal en ruines. Bah ouais le Reich commence à prendre l'eau de toutes parts et cette fois c'est lui qui se retrouve sous la pluie de bombes incendiaires démocratiques qui ravagent le lebensraum. Comme dans toute dictature qui se respecte, la tragédie en devient comique tant les règlements doivent toujours être respectés à la lettre pour ne pas finir dans les sinistres camps qui fonctionnent à plein régime. La médiocrité et les bas instincts de certains sont devenus des atouts indispensables pour grimper dans l'ascenseur social et la peur ambiante réduit bien souvent à néant les envies de résistances du plus grand nombre. Ne rien dire, ne rien savoir pour ne pas avoir quelque chose à vous reprocher. Devise officieuse de milliers d'allemands qui courbent l'échine pour ne pas être victime de la gestapo ou des bombardements alliés.
Graber se retrouve donc dans une ville ravagée, ses parents sont devenus des réfugiés introuvables. Il n'y a plus de front ou d'arrière, la guerre est partout et elle ne fait pas de sentiment. Pourtant au milieu de tout ce merdier il arrivera paradoxalement à trouver l'amour, acte de résistance héroïque que d'essayer de ne pas désespérer dans un tel environnement saccagé.
Ce livre est un constat accablant sur la guerre, la dictature et les rapports humains qu'engendrent ces phénomènes brutaux. Entre la petite mesquinerie faite par lâcheté qui peut vous envoyer à la mort et des fanatiques qui se baignent avec allégresse dans ce capharnaüm sanguinaire, il ne reste que peu de place pour l'espoir. Remarque arrive pourtant à en distiller un peu entre les déchaînements de violence. Lecture recommandée, comme pour le reste de ses romans d'ailleurs.
Remarque a écrit une dizaine de bouquins ayant souvent attraits à la guerre et à la vision du soldat de base qui se retrouve plongé dans ce marasme sanguinaire duquel personne ne sort indemne. Ces romans se prolongent sur une période qui commence au début du XXème siècle et qui iront jusqu'à la fin du Reich de presque 1000 ans. L'ambiance de ses différents livres est donc assez proche. On y découvre des humains balayés par des évènements internationaux que personne ne maîtrise. La guerre, les tentatives révolutionnaires de l'Allemagne de l'entre-deux-guerres, la brutalité de la dictature nazie, le tout illustré par la résignation des foules, la médiocrité ambiante et valorisée mais aussi le combat de quelques uns pour essayer de ne pas devenir des animaux dans cette foire d'empoigne mondialisée.
"L'île d'espérance" a aussi été sorti sous le titre "Un temps pour vivre, un temps pour mourir", du coup vu que je suis hyper malin, je l'ai sous les deux noms ce qui me permet d'avoir une bibliothèque qui me ferait passer pour un érudit vis à vis d'un chasseur de pokémon et pour un guignol envers un amateur de littérature, deux salles, deux ambiances, en quelque sorte.
Ernst Graber, jeune soldat de la Wehrmacht de 23 ans est déjà un vétéran des road trip hitlériens: la ballade en Frankreich, le Paris Dakar en panzer pour faire découvrir nos ancêtres vikings aux peuplades africaines, et pour finir il se retrouve à se geler les miches grâce à l'Opération Barbarossa dans les ruines d'un village russe. La blitzkrieg n'est plus vraiment à l'ordre du jour depuis que les orgues de Staline ont poussées leurs sérénades au dessus des fridolins. Bref à l'Est y a du nouveau et c'est pas franchement rassurant pour les jeunesses hitlériennes qu'on enrôlent à tour de bras tendu pour aller remplacer les pertes abyssales de l'armée allemande face à l'ogre soviétique. Mais Graber est un chanceux, malgré la débâcle qui commence à pointer il a droit à une permission de trois semaines pour retourner au pays voir sa famille et profiter des bons vieux bretzels de sa daronne.
Contrairement au nuage radioactif de Tchernobyl, les bombardiers américains et anglais ont réussis à traverser les frontières et autant vous dire que notre jeune héros va avoir besoin d'un bon google map pour se retrouver dans son bled natal en ruines. Bah ouais le Reich commence à prendre l'eau de toutes parts et cette fois c'est lui qui se retrouve sous la pluie de bombes incendiaires démocratiques qui ravagent le lebensraum. Comme dans toute dictature qui se respecte, la tragédie en devient comique tant les règlements doivent toujours être respectés à la lettre pour ne pas finir dans les sinistres camps qui fonctionnent à plein régime. La médiocrité et les bas instincts de certains sont devenus des atouts indispensables pour grimper dans l'ascenseur social et la peur ambiante réduit bien souvent à néant les envies de résistances du plus grand nombre. Ne rien dire, ne rien savoir pour ne pas avoir quelque chose à vous reprocher. Devise officieuse de milliers d'allemands qui courbent l'échine pour ne pas être victime de la gestapo ou des bombardements alliés.
Graber se retrouve donc dans une ville ravagée, ses parents sont devenus des réfugiés introuvables. Il n'y a plus de front ou d'arrière, la guerre est partout et elle ne fait pas de sentiment. Pourtant au milieu de tout ce merdier il arrivera paradoxalement à trouver l'amour, acte de résistance héroïque que d'essayer de ne pas désespérer dans un tel environnement saccagé.
Ce livre est un constat accablant sur la guerre, la dictature et les rapports humains qu'engendrent ces phénomènes brutaux. Entre la petite mesquinerie faite par lâcheté qui peut vous envoyer à la mort et des fanatiques qui se baignent avec allégresse dans ce capharnaüm sanguinaire, il ne reste que peu de place pour l'espoir. Remarque arrive pourtant à en distiller un peu entre les déchaînements de violence. Lecture recommandée, comme pour le reste de ses romans d'ailleurs.
7.08.2016
- Mais si, mais si! Je continue: mes plans sont faits, j'ai résolu la difficulté. L'humanité est battue. Nous ne savions rien et nous avons tout à apprendre maintenant. Pendant ce temps, il faut vivre et rester indépendants, vous comprenez? Voilà ce qu'il y aura à faire.
Je le regardais, étonné et profondément remué par ses paroles énergiques.
- "Sapristi! Vous êtes un homme, vous! m'écriai-je, en lui serrant vigoureusement la main.
- Eh bien, dit il, les yeux brillants de fierté, est-ce pensé, cela hein!
- Continuez, lui dis-je.
Donc, ceux qui ont envie d'échapper à un tel sort doivent se préparer. Moi, je me prépare. Comprenez bien ceci: nous ne sommes pas tous faits pour être des bêtes sauvages, et c'est ce qui va arriver. C'est pour cela que je vous ai guetté. J'avais des doutes: vous êtes maigre et élancé. Je ne savais pas que c'était vous et j'ignorais que vous aviez été enterré. Tous les gens qui habitaient ces maisons et tous ces maudits petits employés qui vivaient dans ces banlieues, tous ceux-là ne sont bons à rien. Ils n'ont ni vigueur, ni courage, ni belles idées, ni grands désirs; et Seigneur! un homme qui n'a pas tout cela peut il faire autre chose que trembler et se cacher? Tous les matins, ils se trimballaient vers leur ouvrage_je les ai vus, par centaines_emportant leur déjeuner, s'essoufflant à courir, pour prendre les trains d'abonnés, avec la peur d'être renvoyés s'ils arrivaient en retard; ils peinaient sur des ouvrages qu'ils ne prenaient pas même la peine de comprendre; le soir, du même train-train, ils retournaient chez eux avec la crainte d'être en retard, par peur des rues désertes; dormant avec des femmes qu'ils épousaient, non parce qu'ils avaient besoin d'elles, mais parce qu'elles avaient un peu d'argent qui leur garantissait une misérable petite existence à travers le monde; ils assuraient leurs vies, et mettaient quelques sous de côté par peur de la maladie ou des accidents; et le dimanche_c'était la peur de l'au-delà, comme si l'enfer était pour les lapins!
Pour ces gens-là, les Marsiens seront une bénédiction: de jolies cages spacieuses, de la nourriture à discrétion; un élevage soigné et pas de soucis. Après une semaine ou deux de vagabondage à travers champs, le ventre vide, ils reviendront et se laisseront prendre volontiers. Au bout de peu de temps, ils seront entièrement satisfaits. Ils se demanderont ce que les gens pouvaient bien faire avant qu'il y ait eu des Marsiens pour prendre soin d'eux. Et les traîneurs de bars, les tripoteurs, les chanteurs_je les vois d'ici, ah! oui je les vois d'ici! s'exclama-t-il avec une sorte de sombre contentement. C'est là qu'il y aura du sentiment et de la religion; mais il y a mille choses que j'avais toujours vues de mes yeux et que je ne commence à comprendre clairement que depuis ces derniers jours. Il y a des tas de gens, gras et stupides, qui prendront les choses comme elles sont, et des tas d'autres aussi se tourmenteront à l'idée que le monde ne va plus et qu'il faudrait y faire quelque chose. Or, chaque fois que les choses sont telles qu'un tas de gens éprouvent le besoin de s'en mêler, les faibles, et ceux qui le deviennent à force de trop réfléchir, aboutissent toujours à une religion de Rien-Faire, très pieuse et très élevée, et finissent par se soumettre à la persécution et à la volonté du Seigneur. Vous avez déjà dû remarquer cela aussi. C'est de l'énergie à l'envers dans une rafale de terreur. Les cages de ceux-là seront pleines de psaumes, de cantiques et de piété, et ceux qui sont d'une espèce moins simple se tourneront sans doute vers_comment appelez vous cela?_l'érotisme"
Il s'arrêta un moment, puis il reprit.
"Très probablement, les Marsiens auront des favoris parmi tous ces gens; ils leur enseigneront à faire des tours, et, qui sait? feront du sentiment sur le sort d'un pauvre enfant gâté qu'il faudra tuer. Ils en dresseront, peut-être aussi, à nous chasser.
- Non, m'écriai-je, c'est impossible. Aucun être humain.
- A quoi bon répéter toujours de pareilles balivernes? dit l'artilleur. Il y en a beaucoup qui le feraient volontiers. Quelle blague de prétendre le contraire!"
Et je cédai à sa conviction.
"La guerre des mondes". H.G. Wells (1898)
Je le regardais, étonné et profondément remué par ses paroles énergiques.
- "Sapristi! Vous êtes un homme, vous! m'écriai-je, en lui serrant vigoureusement la main.
- Eh bien, dit il, les yeux brillants de fierté, est-ce pensé, cela hein!
- Continuez, lui dis-je.
Donc, ceux qui ont envie d'échapper à un tel sort doivent se préparer. Moi, je me prépare. Comprenez bien ceci: nous ne sommes pas tous faits pour être des bêtes sauvages, et c'est ce qui va arriver. C'est pour cela que je vous ai guetté. J'avais des doutes: vous êtes maigre et élancé. Je ne savais pas que c'était vous et j'ignorais que vous aviez été enterré. Tous les gens qui habitaient ces maisons et tous ces maudits petits employés qui vivaient dans ces banlieues, tous ceux-là ne sont bons à rien. Ils n'ont ni vigueur, ni courage, ni belles idées, ni grands désirs; et Seigneur! un homme qui n'a pas tout cela peut il faire autre chose que trembler et se cacher? Tous les matins, ils se trimballaient vers leur ouvrage_je les ai vus, par centaines_emportant leur déjeuner, s'essoufflant à courir, pour prendre les trains d'abonnés, avec la peur d'être renvoyés s'ils arrivaient en retard; ils peinaient sur des ouvrages qu'ils ne prenaient pas même la peine de comprendre; le soir, du même train-train, ils retournaient chez eux avec la crainte d'être en retard, par peur des rues désertes; dormant avec des femmes qu'ils épousaient, non parce qu'ils avaient besoin d'elles, mais parce qu'elles avaient un peu d'argent qui leur garantissait une misérable petite existence à travers le monde; ils assuraient leurs vies, et mettaient quelques sous de côté par peur de la maladie ou des accidents; et le dimanche_c'était la peur de l'au-delà, comme si l'enfer était pour les lapins!
Pour ces gens-là, les Marsiens seront une bénédiction: de jolies cages spacieuses, de la nourriture à discrétion; un élevage soigné et pas de soucis. Après une semaine ou deux de vagabondage à travers champs, le ventre vide, ils reviendront et se laisseront prendre volontiers. Au bout de peu de temps, ils seront entièrement satisfaits. Ils se demanderont ce que les gens pouvaient bien faire avant qu'il y ait eu des Marsiens pour prendre soin d'eux. Et les traîneurs de bars, les tripoteurs, les chanteurs_je les vois d'ici, ah! oui je les vois d'ici! s'exclama-t-il avec une sorte de sombre contentement. C'est là qu'il y aura du sentiment et de la religion; mais il y a mille choses que j'avais toujours vues de mes yeux et que je ne commence à comprendre clairement que depuis ces derniers jours. Il y a des tas de gens, gras et stupides, qui prendront les choses comme elles sont, et des tas d'autres aussi se tourmenteront à l'idée que le monde ne va plus et qu'il faudrait y faire quelque chose. Or, chaque fois que les choses sont telles qu'un tas de gens éprouvent le besoin de s'en mêler, les faibles, et ceux qui le deviennent à force de trop réfléchir, aboutissent toujours à une religion de Rien-Faire, très pieuse et très élevée, et finissent par se soumettre à la persécution et à la volonté du Seigneur. Vous avez déjà dû remarquer cela aussi. C'est de l'énergie à l'envers dans une rafale de terreur. Les cages de ceux-là seront pleines de psaumes, de cantiques et de piété, et ceux qui sont d'une espèce moins simple se tourneront sans doute vers_comment appelez vous cela?_l'érotisme"
Il s'arrêta un moment, puis il reprit.
"Très probablement, les Marsiens auront des favoris parmi tous ces gens; ils leur enseigneront à faire des tours, et, qui sait? feront du sentiment sur le sort d'un pauvre enfant gâté qu'il faudra tuer. Ils en dresseront, peut-être aussi, à nous chasser.
- Non, m'écriai-je, c'est impossible. Aucun être humain.
- A quoi bon répéter toujours de pareilles balivernes? dit l'artilleur. Il y en a beaucoup qui le feraient volontiers. Quelle blague de prétendre le contraire!"
Et je cédai à sa conviction.
"La guerre des mondes". H.G. Wells (1898)
6.22.2016
Normandie , réveilles toi!
La guerre n'est finie qu'à peine depuis une quinzaine d'années quand sort ce bouquin, il reste pétri de cette atmosphère d'avant guerre où la province vivait dans sa léthargie protectrice loin du tumulte des pantins parisiens qui tentaient maladroitement d'avoir un quelconque poids sur des évènements internationaux qui les dépassaient de loin.
L'histoire se déroule à Tigreville, ce nom qui pourrait être celui d'un check-point indochinois est celui d'une bourgade normande méconnue.
_" Jamais un bateau, dit il, avez-vous remarqué? Pas de port, pas de trafic. Le poisson vient d'Ouistreham dont nous apercevons le phare, la nuit. Le collier de lumières qui s'allume là-bas, c'est Le Havre. Ici, nous sommes oubliés et nous ne reflétons rien".
Les falaises balayées par les bourrasques ont connues le déferlement de l'enfer de la guerre, les bombardements ont ravagés cette partie de l'hexagone, l'agonie libératrice qui renverra les zinas vers la mère patrie. C'est à cette période qu'Albert Quentin se fait une promesse, lui l'ancien baroudeur de l'Asie jure qu'il ne boira plus une goutte si l'hôtel qu'il tient avec sa femme n'est pas soufflée par cette pluie meurtrière. promesse d'ivrogne tellement il y a peu de chances qu'elle soit réalisée, et pourtant tel le Bates Motel, l'enseigne lumineuse du Stella redeviendra rapidement un phare pour les perdus de la jungle bocagère. Quentin n'a qu'une parole. Fini l'ivresse. Sa vie deviendra alors une longue et ennuyeuse période qu'il considère comme heureuse.
Fouquet est quand à lui un de ces parisiens assez irresponsable, symptôme d'une époque qui ne sait plus où aller, jeune divorcé et père d'une petite fille que sa mère a préféré envoyer en pension, justement loin de l'ambiance parisienne, et quel meilleur endroit que Tigreville pour éduquer une jeunesse sans repère. Sur un coup de tête éthylique, Fouquet viendra dans ce trou perdu pour mener sa croisade familiale, tenter maladroitement de renouer le contact filial cassé par ses pérégrinations.
Bien sûr il ira prendre une chambre au Stella, la rencontre avec le couple normand sera salvatrice. Choc des générations où tous sont touchés par le sentiment de solitude. La déchéance n'est jamais loin des personnages, la réalité a toujours une frontière floue avec les errances alcooliques. Ce roman est donc cet enchevêtrement des combats solitaires de chacun pour essayer d'améliorer leurs vies pathétiques. Le combat contre soi-même étant le plus difficile et le plus noble à mener. Ce livre est un échappatoire au parisianisme, ode à la France d'en bas même englué dans ses défauts. Image de cette France qui aime la littérature et le vin des bouteilles étoilées, qui s'enflamme quand elle est saoule et qui ne tient pas ses promesses, caricature peut-être pas si grossière.
5.04.2016
Tels que la haute mer contre les durs rivages,
À la grande tuerie ils se sont tous rués,
Ivres et haletants, par les boulets troués,
En d'épais tourbillons pleins de clameurs sauvages.
Sous un large soleil d'été, de l'aube au soir,
Sans relâche, fauchant les blés, brisant les vignes,
Longs murs d'hommes, ils ont poussé leurs sombres lignes,
Et là, par blocs entiers, ils se sont laissés choir.
Puis, ils se sont liés en étreintes féroces,
Le souffle au souffle uni, l'oeil de haine chargé.
Le fer d'un sang fiévreux à l'aise s'est gorgé ;
La cervelle a jailli sous la lourdeur des crosses.
Victorieux, vaincus, fantassins, cavaliers,
Les voici maintenant, blêmes, muets, farouches,
Les poings fermés, serrant les dents, et les yeux louches,
Dans la mort furieuse étendus par milliers.
La pluie, avec lenteur lavant leurs pâles faces,
Aux pentes du terrain fait murmurer ses eaux
Et par la morne plaine où tourne un vol d'oiseaux
Le ciel d'un soir sinistre estompe au loin leurs masses.
Tous les cris se sont tus, les râles sont poussés.
Sur le sol bossué de tant de chair humaine,
Aux dernières lueurs du jour on voit à peine
Se tordre vaguement des corps entrelacés ;
Et là-bas, du milieu de ce massacre immense,
Dressant son cou roidi, percé de coups de feu,
Un cheval jette au vent un rauque et triste adieu
Que la nuit fait courir à travers le silence.
Ô boucherie ! Ô soif du meurtre ! acharnement
Horrible ! odeur des morts qui suffoques et navres !
Soyez maudits devant ces cent mille cadavres
Et la stupide horreur de cet égorgement.
Mais, sous l'ardent soleil ou sur la plaine noire,
Si, heurtant de leur coeur la gueule du canon,
Ils sont morts, Liberté, ces braves, en ton nom,
Béni soit le sang pur qui fume vers ta gloire !
Le soir d'une bataille. Charles-Marie Leconte de Lisle (1871)
4.30.2016
Il allait s'assoir à la terrasse d'un café, quand deux coups de feu éclatèrent derrière lui. En un clin d'oeil le boulevard s'était vidé. Un tout petit homme, un chinois très mince, courait de toutes ses forces au beau milieu de la chaussée, poursuivi par les agents. De temps en temps il se retournait et tirait à travers la poche de son veston, fendait l'air et bondissait comme un chat furieux. De sa main, qui ne tirait pas, il maintenait le pan de son veston gris pâle. Ses souliers, jaune clair, battaient l'air comme des oiseaux mécaniques. Les agents le saisirent enfin, ils s'abattirent presque tous ensemble sur lui et le couchèrent au pied d'un arbre, sans un cri. Il ne devait plus avoir, hélas! de cartouches, mais il ne lâchait pas son revolver. Deux agents lui tenaient les épaules, un autre avait appuyé son genou sur sa poitrine, un quatrième s'efforçait de lui arracher son arme et répétait d'une voix basse "Donne ton feu, donne...lâche-le." Mais il résistait toujours. Alors sans doute lui tordirent-ils les poignets, car le malheureux _"le courageux"_ se mit à pousser des cris de rat. Et l'arme roula par terre. Un agent fourra le revolver dans sa poche. Alors, sûrs désormais que leur victime n'était plus dangereuse, ils le relevèrent et se mirent à le frapper. Deux agents le maintenaient debout par les épaules bien qu'il fût déjà évanoui et que le sang ruisselât sur sa figure; les autres cognaient à coups de poing et aussi à coups de pied. Un inspecteur en civil avec une grosse tête ronde et noire répéta: " Allez-y! Allez-y! C'est de la viande!". Entre leurs mains le malheureux devint une loque sanglante. Sa tête ballait de droite et de gauche comme celle d'un mannequin. Peut-être était-il déjà mort...
Cripure respira, et reprit:
_ Ils cessèrent enfin de le frapper et le traînèrent vers le poste. Sa longue chevelure noire étalée sur son front semblait avoir trempé dans l'eau. Son pantalon avait glissé, découvrant ses jambes maigres et nerveuses. Alors... Mais alors seulement, un petit homme fluet se dégagea de la foule et s'approcha en sautillant du sinistre cortège. C'était un bon petit bourgeois de chez nous, quelque chose comme un employé de banque ou un rond-de-cuir quelconque. Il portait un complet noir à bon marché, des manchettes en celluloïd, une fausse perle à sa cravate. Mais il avait une canne et un chapeau de paille et la canne, il la brandissait déjà...
" Je le vis enfin arriver tout près du cortège et la canne se levant toute droite en l'air s'abattit, oui d'un coup, sur le visage en sang du moribond. Voilà" acheva Cripure. Et il y eu un long silence.
Moka tremblait comme la feuille. Il bredouilla quelque chose d'indistinct, et Cripure crut entendre que Moka parlait de "sadisme".
_ Sadisme? se récria-t-il avec colère. Je n'aime pas beaucoup cette manière de réhabiliter le bourgeois dans la psychologie , monsieur Moka.
Le sang noir. Louis Guilloux (1935)
4.29.2016
Reviens Guillotin raccourcir les assassins!
Pour fêter la sortie des visiteurs 3, nouvelle preuve exaltante du génie de l'esprit français, il me paraissait judicieux de potasser des bouquins sur des défenseurs de la royauté plus ou moins
crédibles.
On commence par Mémoires de la marquise de La Rochejaquelein 1772-1857, et direct on plonge
dans la street cred vendéenne, du early Puy du Fou sans sodomie fraternelle mais restant bien fidèle aux autres préceptes de notre bonne vieille église catholique romaine. Epoque largement méconnue
dans les bouquins d'histoire, les révoltes réactionnaires face à la Révolution française ont cependant engendrées de véritables guerres civiles dans l'ouest de l'hexagone. On suit donc ici Madame la marquise, excusez nous du peu, qui prise d'une indigestion de Ferrero dans les fêtes de l'ambassadeur versaillais est partie s'enmouracher d'un noble vendéen qui deviendra un des principaux chefs de la 1ère véritable révolte du bocage. Pour Dieu & le Roi, le slogan est strict. Avec une foule paysanne qui se bat avec des fourches et sa foi, on suit les périgrinations romantico-guerrières d'une femme qui aura le chic de se trouver dans tous les mauvais plans de son époque. Née avec une cuillère en argent dans la ganache, elle arrive cependant à devoir se cacher dans tous les pires bleds vendéens (pléonasme) et à se saper comme la dernière des gueuses afin d'éviter de finir sous la facétieuse invention du Docteur Guillotin.
Ce témoignage haut en couleurs nous plonge donc dans l'immédiat après révolution. Pour l'aristocratie c'est la débandade, on s'exile à tour de bras pire qu'à la victoire de François Hollande. Fin de partie pour pas mal de fantasques privilégiés qui finissent nombreux la tête dans un panier en osier. La populace qui plie l'échine depuis des lustres a enfin le droit de laisser éclater sa colère et autant vous dire que c'est un peu plus tendu que des mains qui virevoltent en l'air à Nuit Debout. le sang impur abreuve les sillons comme le claironne le hit du moment. Bref l'heure de la revanche a sonné et les gaziers qui portent des chemises à jabots sont dans un spleen bien plus profond que Robert Smith. La marquise devant fuir Paris se retrouve donc en Vendée où les nobles locaux deviennent les chefs d'émeutes ponctuelles fomentées par une population profondément ulcérée par la nouvelle politique anti religieuse des révolutionnaires. On kiffe le Christ et on tiens à le faire savoir même si ça doit coûter la vie à quelques patriotes révolutionnaires qui se sont crus un peu trop easy à installer la démocratie laïque dans des hameaux qui sentent la brioche. Bref en Vendée c'est la guerre civile, les campagnes devenant le terreau des contre révolutionnaires qui réclament le retour du roi à la tête du pays et la fin de la politique anti religieuse. Les villes majoritairement patriotes se contenteront de se faire assiéger par l'un et l'autre des camps à tour de rôle.
Cette situation de guérilla durera quelques années jusqu'à ce que Paris décide de siffler la fin de la récréation en envoyant des forces armées impressionnantes accompagnées des terribles colonnes infernales, ces bataillons républicains fanatiques organiseront le génocide vendéen même s'il ne portera jamais ce nom, villes & villages rasés, hommes, femmes & enfants finissant sous les lames de ces cohortes sanguinaires dont la principale décision fut de rendre déserte cette partie de la nation. Et ouais malgré Philippe de Villiers tout ne se termine pas par un feu d'artifice géant entourés par une nuée de touristes allemands avinés. Les vendéens doivent fuir en masse en Bretagne et en Normandie d'où ils essaieront de faire partir de nouvelles chouanneries mais il faut bien se rendre compte un jour que l'Histoire n'a que faire des vaincus donc quand la proposition d'amnistie est offerte aux combattants de la grande armée royale catholique, ils sont nombreux à reposer les armes et à redevenir paysans. Fin de chantier pour les réactionnaires qui devront rentrer dans le rang ou finir sur l'échafaud. Il faudra un long moment à la Loire afin d'absorber le nombre incalculable de noyades organisées par Carrier au nom d'un idéal républicain trop fragile. La marquise quand à elle échappera aux morts pathétiques qui ont touchés pas mal des srabs de son crew. Ses mémoires ont au moins le mérite d'apporter un éclairage sur cette période relativement peu étudiée.
Bim! on enchaîne avec "A l'école de l'Action Française", bouquin écrit par François Huguenin,
directeur de la librairie catholique parisienne "La procure", c'est pas vraiment le genre de mec à avoir un emplacement VIP à la fête de l'huma. On comprend donc direct qu'il aura parfois du mal à critiquer le plus vieux mouvement politique français malgré les errances (et c'est rien de le dire) de Maurras et de ses disciples particulièrement pendant la collaboration avec les nazis ce qui pour des germanophobes laisse un peu à désirer. Le livre est super intéressant dans le sens où il suit la genèse de ce courant de pensée fondée sur la volonté de définir la place de l'homme au sein de la collectivité dans un environnement apaisé. Le fédéralisme et le roi devenant la clé de voûte d'un état dont la devise pourrait être: "Autorité en haut, libertés en bas!".
Maurras, l'homme aux 100 visages, écrivain, poète, critique littéraire, politicien, fédéraliste... trouvera dans le royalisme l'occasion de devenir le mentor de toute une génération. Le maître à penser. Alors qu'il n'y avait plus que quelques clampins à partager la galette des rois, il réussit le tour de forcer de donner un nouveau sens au combat royaliste, plongeant autant dans l'histoire que dans les livres, se battant à coups d'articles ou de cannes il emmènera tous ses camelots vers une aventure politique des plus hasardeuses mais qui s'imbriquera totalement avec la fougue de nombreux jeunes gens talentueux. Ce livre nous relate les choix politiques menés par le mouvement au travers de ces journaux, séminaires, universités, véritables écoles de pensée à l'influence énorme au début du XXème siècle. La vie intellectuelle hexagonale d'avant la première guerre mondiale sera sous la coupe de l'Action française. Anti-Dreyfusarde à l'extrême, antisémite comme d'ailleurs bon nombre des politiciens ou intellectuels de tous bords à cette époque, elle colle parfaitement aux vicissitudes de l'anti parlementarisme et se donne une aura mythique par le biais de ces militants exaltés tels Daudet ou Bernanos.
La boucherie de 14-18 décimera les rangs des camelots et bon nombre de ceux qui devaient faire évoluer le mouvement périrent dans les tranchées champenoises. Pourtant dans les années 30 pour tout jeune français qui désire s'engager politiquement il n'y a de véritable choix qu'entre Karl Marx et Charles Maurras. La deuxième guerre mondiale et l'invasion allemande diviseront le camp royaliste. Certains rentreront dans la résistance quand Maurras acceptera d'être du côté du Maréchal Pétain. De toute sa carrière, Maurras redoutait que le France entre en guerre civile et pourtant dans des articles incessants il appelle les autorités à fusiller les résistants, lui qui prônait la non-intervention dans le conflit et qui voulait rester utile à ce qu'il restait de l'état pourtant si fourvoyé sombrera dans cette collaboration active et détestable. L'antisémitisme de l'AF qui se définissait comme un antisémitisme non biologique et non racial mais comme un problème d'assimilation à la nation française rejoindra pourtant celui des nazis et de leur génocide industriel. L'organisation n'arrivera jamais à se remettre de cette phase honteuse de son histoire.
Après la guerre, l'Action Française comme tous les partis ayant collaborés fais profil bas. Mais rapidement l'envergure et le caractère du général De Gaulle renforce les haines des camelots qui ne satisfont toujours pas de ce régime politique, en littérature surtout de nouveaux écrivains et/ou intellectuels qui ne se revendiquent pas forcément de l'AF se sentent pourtant proche des idées maurrassiennes, le sillon de pensée continue à laisser pousser les semences d'une nouvelle droite qui ne cesse de se transformer.
Ce livre nous montre toutes les tentatives menés par l'AF pour investir tous les sujets. De la foi catholique aux syndicats, de la critique littéraire à quelle économie envisagée, les différentes étapes de l'histoire du mouvement suivent les confrontations et les errances des acteurs royalistes. Il nous met aussi devant les yeux que ce parti malgré sa formidable école de pensée n'arrive que rarement et de manière faiblarde à avoir prise sur les évènements, le choc de la réalité sera souvent rude pour les camelots.
Aujourd'hui l'Action Française ne fait parler d'elle que par quelques coups d'éclats dû à sa jeunesse. Combien des nouveaux camelots s'intéressent vraiment à l'aventure intellectuelle qu'elle a été? Il est aisé de préférer l'adrénaline de quelques fumigènes et autres bagarres à coups de casques en oubliant le nécessaire refuge d'une bibliothèque bien remplie. Comme tous les autres mouvements d'extrême droite, elle ne fait plus que singer ses collègues des autres officines nationalistes, copiant péniblement le marasme qui les maintient tous dans la seule quête d'un pathétique quart d'heure warholien. L'Action Française comme le roi ne sont plus que des lubies dans le monde moderne, ce mouvement audacieux malgré tous ces défauts aura tenter d'allier la culture et la philosophie, la foi et l'action, son passage au travers le siècle aura été un passage remarqué dans la vie politique française. Il n'est plus que la caricature de lui même, symptôme d'une époque.
On commence par Mémoires de la marquise de La Rochejaquelein 1772-1857, et direct on plonge
dans les bouquins d'histoire, les révoltes réactionnaires face à la Révolution française ont cependant engendrées de véritables guerres civiles dans l'ouest de l'hexagone. On suit donc ici Madame la marquise, excusez nous du peu, qui prise d'une indigestion de Ferrero dans les fêtes de l'ambassadeur versaillais est partie s'enmouracher d'un noble vendéen qui deviendra un des principaux chefs de la 1ère véritable révolte du bocage. Pour Dieu & le Roi, le slogan est strict. Avec une foule paysanne qui se bat avec des fourches et sa foi, on suit les périgrinations romantico-guerrières d'une femme qui aura le chic de se trouver dans tous les mauvais plans de son époque. Née avec une cuillère en argent dans la ganache, elle arrive cependant à devoir se cacher dans tous les pires bleds vendéens (pléonasme) et à se saper comme la dernière des gueuses afin d'éviter de finir sous la facétieuse invention du Docteur Guillotin.
Ce témoignage haut en couleurs nous plonge donc dans l'immédiat après révolution. Pour l'aristocratie c'est la débandade, on s'exile à tour de bras pire qu'à la victoire de François Hollande. Fin de partie pour pas mal de fantasques privilégiés qui finissent nombreux la tête dans un panier en osier. La populace qui plie l'échine depuis des lustres a enfin le droit de laisser éclater sa colère et autant vous dire que c'est un peu plus tendu que des mains qui virevoltent en l'air à Nuit Debout. le sang impur abreuve les sillons comme le claironne le hit du moment. Bref l'heure de la revanche a sonné et les gaziers qui portent des chemises à jabots sont dans un spleen bien plus profond que Robert Smith. La marquise devant fuir Paris se retrouve donc en Vendée où les nobles locaux deviennent les chefs d'émeutes ponctuelles fomentées par une population profondément ulcérée par la nouvelle politique anti religieuse des révolutionnaires. On kiffe le Christ et on tiens à le faire savoir même si ça doit coûter la vie à quelques patriotes révolutionnaires qui se sont crus un peu trop easy à installer la démocratie laïque dans des hameaux qui sentent la brioche. Bref en Vendée c'est la guerre civile, les campagnes devenant le terreau des contre révolutionnaires qui réclament le retour du roi à la tête du pays et la fin de la politique anti religieuse. Les villes majoritairement patriotes se contenteront de se faire assiéger par l'un et l'autre des camps à tour de rôle.
Cette situation de guérilla durera quelques années jusqu'à ce que Paris décide de siffler la fin de la récréation en envoyant des forces armées impressionnantes accompagnées des terribles colonnes infernales, ces bataillons républicains fanatiques organiseront le génocide vendéen même s'il ne portera jamais ce nom, villes & villages rasés, hommes, femmes & enfants finissant sous les lames de ces cohortes sanguinaires dont la principale décision fut de rendre déserte cette partie de la nation. Et ouais malgré Philippe de Villiers tout ne se termine pas par un feu d'artifice géant entourés par une nuée de touristes allemands avinés. Les vendéens doivent fuir en masse en Bretagne et en Normandie d'où ils essaieront de faire partir de nouvelles chouanneries mais il faut bien se rendre compte un jour que l'Histoire n'a que faire des vaincus donc quand la proposition d'amnistie est offerte aux combattants de la grande armée royale catholique, ils sont nombreux à reposer les armes et à redevenir paysans. Fin de chantier pour les réactionnaires qui devront rentrer dans le rang ou finir sur l'échafaud. Il faudra un long moment à la Loire afin d'absorber le nombre incalculable de noyades organisées par Carrier au nom d'un idéal républicain trop fragile. La marquise quand à elle échappera aux morts pathétiques qui ont touchés pas mal des srabs de son crew. Ses mémoires ont au moins le mérite d'apporter un éclairage sur cette période relativement peu étudiée.
Bim! on enchaîne avec "A l'école de l'Action Française", bouquin écrit par François Huguenin,
directeur de la librairie catholique parisienne "La procure", c'est pas vraiment le genre de mec à avoir un emplacement VIP à la fête de l'huma. On comprend donc direct qu'il aura parfois du mal à critiquer le plus vieux mouvement politique français malgré les errances (et c'est rien de le dire) de Maurras et de ses disciples particulièrement pendant la collaboration avec les nazis ce qui pour des germanophobes laisse un peu à désirer. Le livre est super intéressant dans le sens où il suit la genèse de ce courant de pensée fondée sur la volonté de définir la place de l'homme au sein de la collectivité dans un environnement apaisé. Le fédéralisme et le roi devenant la clé de voûte d'un état dont la devise pourrait être: "Autorité en haut, libertés en bas!".
Maurras, l'homme aux 100 visages, écrivain, poète, critique littéraire, politicien, fédéraliste... trouvera dans le royalisme l'occasion de devenir le mentor de toute une génération. Le maître à penser. Alors qu'il n'y avait plus que quelques clampins à partager la galette des rois, il réussit le tour de forcer de donner un nouveau sens au combat royaliste, plongeant autant dans l'histoire que dans les livres, se battant à coups d'articles ou de cannes il emmènera tous ses camelots vers une aventure politique des plus hasardeuses mais qui s'imbriquera totalement avec la fougue de nombreux jeunes gens talentueux. Ce livre nous relate les choix politiques menés par le mouvement au travers de ces journaux, séminaires, universités, véritables écoles de pensée à l'influence énorme au début du XXème siècle. La vie intellectuelle hexagonale d'avant la première guerre mondiale sera sous la coupe de l'Action française. Anti-Dreyfusarde à l'extrême, antisémite comme d'ailleurs bon nombre des politiciens ou intellectuels de tous bords à cette époque, elle colle parfaitement aux vicissitudes de l'anti parlementarisme et se donne une aura mythique par le biais de ces militants exaltés tels Daudet ou Bernanos.
La boucherie de 14-18 décimera les rangs des camelots et bon nombre de ceux qui devaient faire évoluer le mouvement périrent dans les tranchées champenoises. Pourtant dans les années 30 pour tout jeune français qui désire s'engager politiquement il n'y a de véritable choix qu'entre Karl Marx et Charles Maurras. La deuxième guerre mondiale et l'invasion allemande diviseront le camp royaliste. Certains rentreront dans la résistance quand Maurras acceptera d'être du côté du Maréchal Pétain. De toute sa carrière, Maurras redoutait que le France entre en guerre civile et pourtant dans des articles incessants il appelle les autorités à fusiller les résistants, lui qui prônait la non-intervention dans le conflit et qui voulait rester utile à ce qu'il restait de l'état pourtant si fourvoyé sombrera dans cette collaboration active et détestable. L'antisémitisme de l'AF qui se définissait comme un antisémitisme non biologique et non racial mais comme un problème d'assimilation à la nation française rejoindra pourtant celui des nazis et de leur génocide industriel. L'organisation n'arrivera jamais à se remettre de cette phase honteuse de son histoire.
Après la guerre, l'Action Française comme tous les partis ayant collaborés fais profil bas. Mais rapidement l'envergure et le caractère du général De Gaulle renforce les haines des camelots qui ne satisfont toujours pas de ce régime politique, en littérature surtout de nouveaux écrivains et/ou intellectuels qui ne se revendiquent pas forcément de l'AF se sentent pourtant proche des idées maurrassiennes, le sillon de pensée continue à laisser pousser les semences d'une nouvelle droite qui ne cesse de se transformer.
Ce livre nous montre toutes les tentatives menés par l'AF pour investir tous les sujets. De la foi catholique aux syndicats, de la critique littéraire à quelle économie envisagée, les différentes étapes de l'histoire du mouvement suivent les confrontations et les errances des acteurs royalistes. Il nous met aussi devant les yeux que ce parti malgré sa formidable école de pensée n'arrive que rarement et de manière faiblarde à avoir prise sur les évènements, le choc de la réalité sera souvent rude pour les camelots.
Aujourd'hui l'Action Française ne fait parler d'elle que par quelques coups d'éclats dû à sa jeunesse. Combien des nouveaux camelots s'intéressent vraiment à l'aventure intellectuelle qu'elle a été? Il est aisé de préférer l'adrénaline de quelques fumigènes et autres bagarres à coups de casques en oubliant le nécessaire refuge d'une bibliothèque bien remplie. Comme tous les autres mouvements d'extrême droite, elle ne fait plus que singer ses collègues des autres officines nationalistes, copiant péniblement le marasme qui les maintient tous dans la seule quête d'un pathétique quart d'heure warholien. L'Action Française comme le roi ne sont plus que des lubies dans le monde moderne, ce mouvement audacieux malgré tous ces défauts aura tenter d'allier la culture et la philosophie, la foi et l'action, son passage au travers le siècle aura été un passage remarqué dans la vie politique française. Il n'est plus que la caricature de lui même, symptôme d'une époque.
2.11.2016
Au signal, les légionnaires sont sortis de leurs trous, tous ensemble. Ils ont commencé à avancer, en ligne, pas à pas, comme si un tambour scandait leur marche, un gros tambour de bronze sur lequel cognait la mort, à grands coups, dans le ciel lourd et bas. Les oreilles n'entendaient pas le tambour, c'est dans le ventre qu'il résonnait. Les légionnaires avançaient toujours du même pas, sans se baisser, sans jamais ralentir ni presser leur marche. Les balles sifflaient, les obus de mortier les écrasaient. ils ne se retournaient même pas quand le copain tombait, les tripes hors du ventre ou la tête en bouillie. Leurs mitraillettes sous le bras, s'arrêtant pour lâcher posément une rafale, ils continuaient pas à pas, le visage vide. Il y avait beaucoup d'Allemands; c'étaient eux qui donnaient le ton. Les viets tiraient tant qu'ils pouvaient, comme des fous. Je m'imaginais à leur place, il faut toujours s'imaginer à la place des autres pour faire la guerre...bouffer ce qu'ils bouffent, baiser leurs femmes et lire leurs livres... C'était la mort qui s'avançait vers eux, la mort glacée qui habitait les grands Blancs désespérés aux cheveux de paille, aux grands corps solides et dorés. Le tambour de bronze sonnait de plus en plus fort dans les ventres. Les légionnaires arrivèrent jusqu'aux lignes, impassibles, toujours du même pas tranquille, lâchant leurs rafales, lançant avec une précision mécanique leurs grenades dans les trous.
"Les Viets furent pris de panique; ils abandonnèrent leurs armes et voulurent s'enfuir, mais les autres les tiraient comme des lapins - sans haine, j'en suis certain et c'était pire que la haine... cette marche cadencée et inexorable. Les légionnaires ont mis plusieurs minutes avant de reprendre un visage humain, avant qu'un peu de sang revienne à leurs pommettes, avant que ce démon glacé les quitte. Alors quelques-uns se sont effondrés - ils n'avaient même pas senti qu'ils étaient blessés. C'était splendide cette attaque, bouleversant, mais ça ne me plaisait pas du tout. Un bataillon sur deux était resté sur le terrain. J'aurais fait le travail avec dix fois moins d'hommes.
"Pour rien au monde je n'aurai voulu commander ces légionnaires. Moi je veux des types qui espèrent, qui veulent gagner parce qu'ils sont les plus agiles, les mieux entraînés, les plus malins, et qu'ils tiennent à leur peau. Oui je veux des soldats qui aient peur et qui ne s'en foutent pas de vivre ou de mourir. Les délires collectifs, très peu pour moi. C'était peut-être ça, Verdun.
Mestreville baissa la tête, il essayait à travers ses souvenirs maquillés, transformés, d'ancien combattant perpétuel de se souvenir de ce qu'avait été Verdun.
Non, ce n'était même pas ça: une lourde masse humaine, engluée de boue, chargée comme des bourricots que l'on poussait en avant. Elle était tellement résignée, tellement fatiguée, à ce point abrutie qu'elle se laissait faire.
Les centurions. Jean Lartéguy. 1960
2.07.2016
Kao Bang
Acteurs d'une décolonisation douloureuse, soldats d'élites d'un autre temps, ils deviendront vite la solution et le problème de ces conflits de libération nationale. L'état français promettant à ses colons et aux populations "amies" qu'il ne les abandonnera pas, son armée, chantre de la civilisation occidentale protègera à coups sûr nos lointains cousins expatriés et ramènera à la raison les quelques brebis égarées indigènes qui ont cru bon de croire au communisme ou à la liberté des peuples de disposer d'eux mêmes. A croire qu'après la branlée record orchestré par les teutons sur la Mère patrie nous avions plutôt intérêt à garder debout les restes de l'empire tricolore. C'est donc dans les effluves tropicales que commence ce roman.
On assiste direct au génie militaire français qui avait décidé de faire de la cuvette de Diên Biên Phu le rempart sur lequel le vietminh viendrait exposer sa théorie fumeuse sur l'essor de l'homme nouveau débarrassé du colonialisme sanguinaire et du capitalisme européen. Autant vous dire que du côté de l'état major on était pas trop inquiété par une bande de bridés qui venaient de se farcir les 12 tomes des meilleures punchlines de Marx & Mao et qui avaient décidés de renverser l'ordre établi avec des bicyclettes aux sacoches remplies de riz périmé. Pas de bol, le vietminh c'est un peu le mix de tout ce qu'y avait besoin dans ce Koh-lanta asiatique: Discipline de fer, don de soi à l'extrême, fanatisé comme Dolph Lundgren dans le scorpion rouge, bref il méritait peut être une bonne côte chez les bookmakers d'Hanoï. Le résultat c'est une grosse tannée et le corps expéditionnaire français qui finit prisonnier des viets après un combat à la Fort Alamo.
Pour les soldats français commence la longue marche de 700 km à travers la jungle qui les conduira dans les camps de rééducation communiste. Pas vraiment le Club Med mais c'est déjà mieux que les centaines d'agonisants qu'on laisse crever bouffés par les moustiques et la dysenterie dans les fossés vaseux. Hô Chi Min a déjà gagné et les gesticulations contradictoires des politicards français n'y pourront plus rien. Le baroud d'honneur des combattants au béret rouge s'est achevé dans le sang et la boue. Pour les prisonniers commence alors une nouvelle vie kafkaïenne rythmée par des autocritiques humiliantes où l'on s'invente des crimes contre le peuple vietnamien pour faire plaisir à la propagande et épater les copains. La vie du camp renforcera les liens sacrés qui s'étaient crées au coeur des combats. Les paras sont une famille, ils le resteront. 70% des prisonniers de Diên Biên Phu ne reviendra pas de la marche forcée et de l'emprisonnement. Pour les autres le retour au pays est une mince consécration.
La France n'accueille pas ces soldats comme des héros, les politiciens ont réussis à leur faire porter le chapeau de leur totale incompétence. Ceux qui se sont sacrifiés peuvent bien pourrir dans les rizières, l'aventure militaire ne fait plus bander les foules et les paras symbolisent ce virilisme patriotique un peu trop caricatural que plus personne ne veut voir. Retour à des vies civiles mornes et ennuyeuses. Les lions sont sortis des cages en bambous mais se retrouvent à nouveau enfermés dans les codes de savoir vivre qui régissent le quotidien de l'hexagone. Vaste plaisanterie que de croire qu'ils arriveront à s'en satisfaire. La mer calme de Méditerranée n'arrive déjà plus à freiner les ardeurs des fellaghas qui brûlent les fermes des grands propriétaires et égorgent hommes, femmes et enfants dont le tort est d'être colon. L'Algérie, voilà ce que sera leur nouvelle grande aventure.
Les paras contrairement aux généraux de couloir, à l'etablishment gradé des donneurs d'ordre et des traîtres en tout genre ont compris de leur expérience indochinoise que seule une armée révolutionnaire peut gagner, que la guerre se doit d'être brutale, sans pitié mais surtout animé par des soldats qui sont prêts à tout pour vaincre. Malheur aux vaincus, le reste n'est que branlette d'état major. L'Algérie n'est donc pas en guerre, c'est juste un bourbier indéfinissable où des dizaines d'appelés finissent étendus le corps en direction de la Mecque et avec leurs parties génitales dans la bouche, spécialité locale des années 50 pas vraiment mentionnée dans le guide du Routard. L'armée française et son protocole de défilé est inefficace dans le djebel, les rebelles sont comme des poissons dans l'eau et la gourde franchouillarde se tarit dangereusement. Comme pour l'Indochine, les gouvernements français se succèdent et se vautrent dans une incohérence fatale pour des centaines de victimes civiles, rebelles et militaires.Les paras encore une fois sont appelés à la rescousse.
Les politiciens ont peur d'ouvrir la boîte de Pandore mais face à la gravité des "évènements" feront pleuvoir les parachutes sur le djebel. Le béret rouge est remplacé par la casquette à double visière, vestige d'un stock de l'Afrika korps, les paras ont de l'humour. Par contre sur le terrain c'est autre chose, ils acceptent de faire le sale boulot que la France n'ose souhaiter mais à laquelle elle laisse une carte blanche bien cynique. La vengeance est de mise, peu de prisonniers et ceux qui le sont le regrettent vite. La guerre d'Algérie prouvera une fois de plus qu'il n'y a pas de guerre propre, qu'il n'y a pas de gentils et de méchants. Que le poseur de bombes ou celui qui largue son napalm de son avion sont les deux faces d'un même massacre, même si l'un combat pour son indépendance et que l'autre n'a pas vraiment la même opinion.
Jean Lartéguy est clairement fasciné par les paras. L'attitude de ces grandes gueules en uniformes qui n'hésitent devant rien, de cette fraternité quasi mystique qui relie chacun de ces soldats. Volontaires pour les coups durs et prêts à tous les sacrifices, où les gradés vont à l'assaut avec leurs hommes, escadrons révolutionnaires au service d'un état réactionnaire. Il se fait l'avocat des atrocités, des exactions, c'est la guerre! Pour lui les paras sont là pour ça qu'on le veuille ou non.
Ce bouquin est une épopée militaire plus qu'une leçon d'histoire. Recommandé bien évidemment!
1.27.2016
Christiane F.
"Ce livre célèbre sur les bas-fonds du Berlin des années 1925-1930 fait penser à Voyage au bout de la nuit et aux Mystères de Paris, mais aussi à Brecht, à Dos Passos et à Joyce. Car ce récit épique plein de tendresses, de violences, de vices, étonne par sa modernité. L'aventure de Franz Biberkopf, criminel poussé par la fatalité vers un retour au crime, est comme le chant d'une symphonie composée de la rumeur de la foule, du hurlement des tramways, des sanglots et des râles échappés des hôtels délabrés et des bistrots minables".
Ok on sent que l'éditeur s'enflamme et tente de rapprocher Döblin des 50 noms d'auteurs qu'il connaît mais pour le reste c'est vraiment le genre de résumé qui me parle. La 4ème de couverture d'un livre est bien souvent une partie de poker qui sur le coup se révéla gagnante pour ma ganache vu que le bouquin tabasse sévère. Donc petit conseil si vous pouvez vous le procurer hésitez pas, c'est un très bon résumé de l'ambiance de la faune berlinoise à l'époque de la République de Weimar.
De plus Döblin pratiquait la médecine neurologique, ce qui dans le début du XXème siècle lui a bien permis de peaufiner les émotions et instincts de personnages qu'ils pouvaient rencontrer dans la réalité sordide des instituts psychiatriques allemands. Fasciné par la technologie et le mouvement expressionniste, il participera à la fondation du journal Der Sturm dans lequel seront publiés pas mal de ses nouvelles. C'est un touche à tout dans la littérature, roman, nouvelles, poésies. Etant juif et pratiquant un art considéré comme dégénéré par les adeptes de la croix hindoue, il a vite compris que l'arrivée d'Hitler à la chancellerie en 1933 et l'incendie du Reichstag étaient pas vraiment le début d'une période de gaudriole, il s'exile en France puis en 1940 aux Etats-Unis.
Mais dans cet article c'est de "L'assassinat d'une renoncule" dont il est question. Ce titre de
nouvelle est aussi celui du bouquin qui en regroupe 13 qui ont été publiées entre 1902 et 1913. Même si toutes les nouvelles n'ont pas le même synopsis, on y trouve un fil conducteur, un lien que Döblin ne tente même pas de couper. Entrée dans l'inconscient des personnages, dans la relation de couple souvent tumultueuse et lugubre mais jamais lisse. Les "héros" de ses nouvelles ont des luttes dérisoires, l'équilibre mental laisse parfois à désirer, à croire qu'ils ne vivent pas dans la même réalité que le reste de leur entourage. Les histoires lugubres donnent rarement des happy end et Döblin ne se pose pas trop de questions sur la finalité de ceux qui ont vécus ses existences pétri d'angoisse.
Alfred Döblin nous montre ici l'étendue de son écriture. Parfois concis, presque médicale, il examine ses personnages comme s'il s'agissait de patients venus lui demander conseil. Fresque de portraits nous montrant l'Allemagne du début du siècle et le désarroi qui accompagne les protagonistes de ce livre.
1.08.2016
Basketball diaries
C'est le premier livre que je lis de Burroughs et ça donne envie de continuer même si j'ai cru comprendre que le style changeait pas mal entre ses différents écrits.
Junky est son 1er bouquin, récit autobiographique qu'il sera obligé d'écrire sous le le nom de William Lee pour ne pas plomber la réput de toute sa famille issue du sud confédéré pas vraiment open bar sur toutes les expériences shamaniques d'une bande de chevelus acnéiques.
On est à la fin des années 40, le gouvernement américain ne sait pas trop sur quel pied danser sur sa politique des narcotiques. L'héroïne, la coke, tous un tas de médicaments servent d'exutoire à une jeunesse bancale dans une époque où on a même pas besoin de l'excuse de la crise pour se faire exploser la rétine. Burroughs nous livre ici le parcours si sordidement banal d'une prise de drogue sans raison apparente et de l'accoutumance qui entraînera sa nouvelle condition de camé.
Style journalistique voire médicale, l'auteur ne se prend pas la tête avec des envolées lyriques, il préfère à juste titre essayer toutes les merdes qui peuvent lui permettre de se rapprocher de l'état pitoyable d'un clodo squelettique qui tenterait le casting de Zombieland. On apprend donc les différents effets que provoquent sur lui les divers cocktails opiacés plus ou moins festifs qui lui servent à se maintenir debout chaque jour que Dieu fait. Son entourage, proche de la cour des miracles a les mêmes hobbies que lui: vol de portefeuilles sur les ivrognes du métro, trafics de fausses ordonnances pour se procurer de la morphine à la pharmacie, prostitution... Bref pas sûr que cette dream team soit la mieux placée pour servir d'exemple à la jeunesse yankee des années 50.
Entre cure volontaire et passages récurrents dans les comicos des grandes villes, la vie de junky est surtout basé sur comment se procurer de la drogue. Entre les dealers surpuissants et leurs victimes plus ou moins consentantes se crée des liens d'amitiés malsaines reposant sur le pathétisme de la situation. Face à une montée en puissance de la consommation débridée de drogues en tous genre, les états américains commencent à focaliser sur un système répressif où le drogué passe de malade à délinquant. Déjà que la vie de camé était pas super festive, voilà maintenant qu'ils risquent pour la plupart des séjours répétés dans les geôles ricaines. Burroughs en profite comme beaucoup d'autres pour aller s'installer au Mexique, après tout la drogue y est aussi dégueulasse, les flics aussi corrompus et les putes du même standing que dans toute bonne métropole américaine donc autant se faire plaisir avec du soleil et de la téquila.
On rapproche beaucoup Burroughs de Jack Kerouac, perso avec ce bouquin j'y ai pas vu une grande similarité. Les gars étaient potes dans la vraie vie et ont écumés le concept de Beat generation même si Burroughs a voulu assez vite voir d'autres horizons, comme pour la drogue en fait. En tout cas ce livre nous relate une tranche de vie qui à sa sortie en 1953 fera scandale.
1.05.2016
Sus aux icônes cathodiques!
Jean edern Hallier est le genre de mec qu'on adore détester, clown médiatique par excellence, il a su à grands renforts de provocations gratuites, de punchlines hargneuses et d'un talent dans l'insulte sans limites se forger un personnage qui aurait encore un rôle dans le cirque actuel s'il n'avait pas voulu être le Louison Bobet de Normandie.
Héros pathétique d'une société du spectacle qu'il abhorrait, il était comme tant d'autres cette contradiction ambulante que le monde contemporain se plaît tant à contempler. Mentor pour des moutons timides, il gueulait tout haut ce que personne ne pensait tout bas. Ce personnage mi aveugle mi aristo aurait pu rester jouer son sketch dans les cercles dorés d'un parisianisme détestable mais ce bougre ayant le talent des mots a réussi à façonner son image fantasmée par le biais de publications, de livres puis de la fée télévision, instrument totalitaire par excellence qui pratique l'abêtissement des masses sous les acclamations.
En 1968 les évènements parisiens qu'ont détestent tant aujourd'hui font de lui un gauchiste, il vend La cause du Peuple au volant de sa Ferrari. Fils d'un général qui possède un manoir on peut dire qu'il est né avec une cuillère en croco dans la bouche. Jusqu'au début des années 70 ses écrits servent les binoclards à cols Mao hexagonaux. Il crée ensuite le journal L'idiot international, qui regroupera très vite l'élite des polémistes de tous bords. C'est là que ça commence à coincer car il ne pose plus de limites à ses contributeurs et très vite le journal devient un maelstrom qui sera qualifié de rouge-brun car Alain de Benoist théoricien de la Nouvelle Droite aura la largesse des publications tout autant que des membres du PCF, des chroniqueurs mondains intoxiqués au luxe décadent, des voix prolétariennes bien peu sortis de la mine de sel, des écrivains plus ou moins talentueux en littérature mais qui ont plus de motivation dans le marketing de leur propre image médiatique, des artistes engagés ou licenciés, des rageux sans cause... Bref un mélange détonant qui alimentera les procès pour diffamation, provocation à la haine raciale ou injures antisémites ce qui aura pour finalité de couler financièrement le journal.
Que Soral, Beigbeder, Nabe fasse partie des contributeurs paraît encore moins étonnant quand on voit que Taddeï y participait aussi et qu'il applique le même esprit dans Ce soir (ou jamais!), émission télé de débat qui accueille bien souvent ce genre de personnages hétéroclites, polémistes plus ou moins inspirées et surtout eux aussi clowns médiatiques essayant le plus possible d'être diffusé sur ces médias si souvent conspués.
Jean edern Hallier n'a pas de limites, du moins son personnage l'a décidé ainsi. Il essayera de détruire ceux auxquels ils croyaient et qui n'ont pas su le récompenser à sa juste valeur. Mitterrand, son règne, son cancer & sa fille cachée seront ses chevaux de batailles, ce qui fera de lui le français qui sera le plus écouté par les services secrets (démocratie quand tu nous tiens!). Il dévoilera aussi le casier judiciaire de Tapie et d'autres scoops savoureux qui auraient fait le bonheur des lecteurs du Canard Enchaîné. Personnage complexe et contradictoire, terroriste de bac à sable, pamphlétaire talentueux, mythomane, escroc, un égocentrisme débordant camouflant mal son manque de reconnaissance, il a traversé son époque comme un fou furieux que rien ne calmera. De là à en faire une icône de la contre-culture c'est assez risible.
Et si on en arrivait au bouquin, non?
Bah ouais à la base c'était le but de tout ce speech, car Hallier en plus de créer un Guignol's band écrivait aussi des bouquins. "Le premier qui dort réveille l'autre" est donc un petit roman de 150 pages. Fable de l'enfance aux conséquences pourtant si sérieuses, on plonge dans la rêverie de deux frères qui par la magie de l'imaginaire tentent d'échapper à la réalité morbide d'un cancer incurable. Le conte des mille et une nuits mixant les évènements de la seconde guerre mondiale, l'éveil des sens avec la petite Véronique et l'univers familial brisé par cet Oiseau-rock qui détruit petit à petit le destin d'Aubert. Ce livre est une secousse féérique et morbide, entouré du monde des adultes qui s'écroule dans la canonnade, les enfants représentent l'espoir d'un autre univers, le leur! Là où la fiction se joue des frontières de la réalité, là où l'imagination déborde sur les mornes règles d'une existence formatée. Formidable leçon d'amour fraternel, ce livre a été une petite claque pour moi. Recommandé vivement pour que nous gardions toujours notre âme d'enfant.
Héros pathétique d'une société du spectacle qu'il abhorrait, il était comme tant d'autres cette contradiction ambulante que le monde contemporain se plaît tant à contempler. Mentor pour des moutons timides, il gueulait tout haut ce que personne ne pensait tout bas. Ce personnage mi aveugle mi aristo aurait pu rester jouer son sketch dans les cercles dorés d'un parisianisme détestable mais ce bougre ayant le talent des mots a réussi à façonner son image fantasmée par le biais de publications, de livres puis de la fée télévision, instrument totalitaire par excellence qui pratique l'abêtissement des masses sous les acclamations.
En 1968 les évènements parisiens qu'ont détestent tant aujourd'hui font de lui un gauchiste, il vend La cause du Peuple au volant de sa Ferrari. Fils d'un général qui possède un manoir on peut dire qu'il est né avec une cuillère en croco dans la bouche. Jusqu'au début des années 70 ses écrits servent les binoclards à cols Mao hexagonaux. Il crée ensuite le journal L'idiot international, qui regroupera très vite l'élite des polémistes de tous bords. C'est là que ça commence à coincer car il ne pose plus de limites à ses contributeurs et très vite le journal devient un maelstrom qui sera qualifié de rouge-brun car Alain de Benoist théoricien de la Nouvelle Droite aura la largesse des publications tout autant que des membres du PCF, des chroniqueurs mondains intoxiqués au luxe décadent, des voix prolétariennes bien peu sortis de la mine de sel, des écrivains plus ou moins talentueux en littérature mais qui ont plus de motivation dans le marketing de leur propre image médiatique, des artistes engagés ou licenciés, des rageux sans cause... Bref un mélange détonant qui alimentera les procès pour diffamation, provocation à la haine raciale ou injures antisémites ce qui aura pour finalité de couler financièrement le journal.
Que Soral, Beigbeder, Nabe fasse partie des contributeurs paraît encore moins étonnant quand on voit que Taddeï y participait aussi et qu'il applique le même esprit dans Ce soir (ou jamais!), émission télé de débat qui accueille bien souvent ce genre de personnages hétéroclites, polémistes plus ou moins inspirées et surtout eux aussi clowns médiatiques essayant le plus possible d'être diffusé sur ces médias si souvent conspués.
Jean edern Hallier n'a pas de limites, du moins son personnage l'a décidé ainsi. Il essayera de détruire ceux auxquels ils croyaient et qui n'ont pas su le récompenser à sa juste valeur. Mitterrand, son règne, son cancer & sa fille cachée seront ses chevaux de batailles, ce qui fera de lui le français qui sera le plus écouté par les services secrets (démocratie quand tu nous tiens!). Il dévoilera aussi le casier judiciaire de Tapie et d'autres scoops savoureux qui auraient fait le bonheur des lecteurs du Canard Enchaîné. Personnage complexe et contradictoire, terroriste de bac à sable, pamphlétaire talentueux, mythomane, escroc, un égocentrisme débordant camouflant mal son manque de reconnaissance, il a traversé son époque comme un fou furieux que rien ne calmera. De là à en faire une icône de la contre-culture c'est assez risible.
Et si on en arrivait au bouquin, non?
Bah ouais à la base c'était le but de tout ce speech, car Hallier en plus de créer un Guignol's band écrivait aussi des bouquins. "Le premier qui dort réveille l'autre" est donc un petit roman de 150 pages. Fable de l'enfance aux conséquences pourtant si sérieuses, on plonge dans la rêverie de deux frères qui par la magie de l'imaginaire tentent d'échapper à la réalité morbide d'un cancer incurable. Le conte des mille et une nuits mixant les évènements de la seconde guerre mondiale, l'éveil des sens avec la petite Véronique et l'univers familial brisé par cet Oiseau-rock qui détruit petit à petit le destin d'Aubert. Ce livre est une secousse féérique et morbide, entouré du monde des adultes qui s'écroule dans la canonnade, les enfants représentent l'espoir d'un autre univers, le leur! Là où la fiction se joue des frontières de la réalité, là où l'imagination déborde sur les mornes règles d'une existence formatée. Formidable leçon d'amour fraternel, ce livre a été une petite claque pour moi. Recommandé vivement pour que nous gardions toujours notre âme d'enfant.
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