La guerre n'est finie qu'à peine depuis une quinzaine d'années quand sort ce bouquin, il reste pétri de cette atmosphère d'avant guerre où la province vivait dans sa léthargie protectrice loin du tumulte des pantins parisiens qui tentaient maladroitement d'avoir un quelconque poids sur des évènements internationaux qui les dépassaient de loin.
L'histoire se déroule à Tigreville, ce nom qui pourrait être celui d'un check-point indochinois est celui d'une bourgade normande méconnue.
_" Jamais un bateau, dit il, avez-vous remarqué? Pas de port, pas de trafic. Le poisson vient d'Ouistreham dont nous apercevons le phare, la nuit. Le collier de lumières qui s'allume là-bas, c'est Le Havre. Ici, nous sommes oubliés et nous ne reflétons rien".
Les falaises balayées par les bourrasques ont connues le déferlement de l'enfer de la guerre, les bombardements ont ravagés cette partie de l'hexagone, l'agonie libératrice qui renverra les zinas vers la mère patrie. C'est à cette période qu'Albert Quentin se fait une promesse, lui l'ancien baroudeur de l'Asie jure qu'il ne boira plus une goutte si l'hôtel qu'il tient avec sa femme n'est pas soufflée par cette pluie meurtrière. promesse d'ivrogne tellement il y a peu de chances qu'elle soit réalisée, et pourtant tel le Bates Motel, l'enseigne lumineuse du Stella redeviendra rapidement un phare pour les perdus de la jungle bocagère. Quentin n'a qu'une parole. Fini l'ivresse. Sa vie deviendra alors une longue et ennuyeuse période qu'il considère comme heureuse.
Fouquet est quand à lui un de ces parisiens assez irresponsable, symptôme d'une époque qui ne sait plus où aller, jeune divorcé et père d'une petite fille que sa mère a préféré envoyer en pension, justement loin de l'ambiance parisienne, et quel meilleur endroit que Tigreville pour éduquer une jeunesse sans repère. Sur un coup de tête éthylique, Fouquet viendra dans ce trou perdu pour mener sa croisade familiale, tenter maladroitement de renouer le contact filial cassé par ses pérégrinations.
Bien sûr il ira prendre une chambre au Stella, la rencontre avec le couple normand sera salvatrice. Choc des générations où tous sont touchés par le sentiment de solitude. La déchéance n'est jamais loin des personnages, la réalité a toujours une frontière floue avec les errances alcooliques. Ce roman est donc cet enchevêtrement des combats solitaires de chacun pour essayer d'améliorer leurs vies pathétiques. Le combat contre soi-même étant le plus difficile et le plus noble à mener. Ce livre est un échappatoire au parisianisme, ode à la France d'en bas même englué dans ses défauts. Image de cette France qui aime la littérature et le vin des bouteilles étoilées, qui s'enflamme quand elle est saoule et qui ne tient pas ses promesses, caricature peut-être pas si grossière.

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