12.22.2015

Le grand naufrage






    Bim! 1ère chronique du blog et on attaque direct avec le Maréchal, pas le temps pour les regrets, B2OBA et Philippe sont fait du même acier trempé.

    Comme tous les clampins du monde qui imaginent tout connaître, je pensais pouvoir vous réciter la life du plus français d'entre nous mais voilà qu'on m'a fait vaciller sur mes bases qui devaient remonter au bon temps des cours d'histoire au collège et  des JPS volés à la daronne. On est le 23 juillet 45, le Reich de 1000 ans vient de devenir une maison de passe pour yankees et russkofs énervés. En France la roue tourne pour la street cred, la croix de Lorraine a rendu has been le symbole des hindous bavarois. C'est plus trop cool d'avoir passé 5 ans à se toucher la nouille dans une station thermale aussi sexy que la Bourboule. On liquide à tour de bras les collabos et autres soldats perdus de l'Occident éternel. Autant dire que pour Papy Philou la planque à Sigmaringen est bien moins festive que celle de Louis-Ferdinand. Il décide donc de se rendre aux autorités françaises et commence alors le procès qui doit trouver un coupable à 5 ans de foutage de gueule hexagonal.

   C'est donc dans cet été radieux et à peine 3 mois après la capitulation allemande pendant que les soldats français commencent à revenir des stalags et que les déportés ne reviennent qu'au compte-gouttes qu'on décide de juger le maréchal. Sûrement un peu vite mais le peuple français a besoin de symboles, besoin de coupables, oubliant par là même qu'il a acclamé dans sa grande majorité le vieux soldat de Verdun chevauchant son cheval blanc pour les protéger de l'hydre judéo-bolchévique.  A la base on se fait pas trop de mouron du côté de l'accusation, Pétain c'était le chef de l'état, donc le big boss de la police vichyste, de la milice de Darnand, d'Adolfo Ramirez, responsable des déportations en masse, des tortures généralisées, fossoyeur de la république (même si la IIIème était haïe de tous), allié fidèle et docile de l'Allemagne nazie, bref autant vous dire que pas grand monde aurait parié un kopeck sur le képi à feuilles de chêne.

   Mais la question qui se pose est de savoir si le maréchal a trahi son pays et ça c'est pas un vol de portable à l'arrachée, c'est un peu plus sérieux. En cas de fausse manip y a vite moyen de se retrouver avec un poteau dans le dos et 12 fusils devant la bougie. Tout l'argumentaire de la défense tient sur le fait que Pétain n'a rien demandé, qu'on ait venu le chercher dans un moment où la France sombrait totalement, que le gouvernement lui a voté les pleins pouvoirs et qu'il a tout fait pour que la France ne devienne pas la Pologne, c'est à dire un terrain de jeu pour nazis en goguettes où seul le règne de l'occupant à valeur de loi. Bref le mec vient pour filer un coup de main et au pire mérite quand même une petite bière à la fin du déménagement.

   Car c'est de ça qu'il s'agit, est ce que voter l'armistice avec les nazis qui de toute façon venait de mettre la France K.O. technique, c'est trahir? Le maréchal a il essayé d'être le bouclier qui défendrait le peuple français face à l'agresseur même si pour cela il fallait abandonner son honneur et accepter à contre-coeur d'appliquer des lois dictées par l'occupant entraînant avec elles la mort et la torture de milliers de personnes, la détresse de tout un peuple et le dépeçage méthodique des richesses de la nation. Vaste question qui fera défiler dans ce procès toute la dream team des politicards et généraux qui ont ambiancés les années 30 et 40. 

    Car à côté de cela il y a aussi les lois décidées par Pétain et Laval de leurs propres initiatives, de cet état français qui a voulu symboliser lui aussi à son échelle l'ordre nouveau même s'il devait avoir une ganache gériatrique. Le maréchal aurait aussi pu rejoindre l'Afrique du Nord quand celle ci fût libérée par les alliés et ainsi y faire la jonction avec De Gaulle. Le bouclier et L'épée, telle l'aurait voulu la légende populaire de ces deux militaires qui s'étaient tant estimés et qui dans leur grandeur et leurs travers étaient si proches. Mais non, Pétain est resté jusqu'à la fin, des ordres ou des discours contradictoires ne suffisent pas à stopper la barbarie nazie et des miliciens qui jusqu'à la libération totale continueront leur boucherie sans le holà de Vichy.

   Coupable ou pas de trahison, ce procès n'est pas que celui de Pétain, c'est celui d'une époque de compromission, de retournement totale des valeurs où les bourreaux et les escrocs de pacotilles devenaient les hauts dignitaires. Un procès historique, un procès qui juge l'Histoire. Le maréchal n'est ici plus qu'un second rôle, le vieux somnolant dans son uniforme défraîchi, fin de spectacle pathétique mais attendu. Pour passer à autre chose, il faut en passer par là. 

    Le bouquin est écrit par Jules Roy, militaire pendant cette période, il a comme de nombreux autres crû au discours du vieux soldat. Ce n'est qu'en 1942 qu'il décide de rejoindre De Gaulle et la résistance. Il garde un respect pour le maréchal et du coup le livre n'est pas un procès du procès où tout serait noir ou blanc, il évoque sa propre incompréhension dans cette époque incompréhensible. C'est une vraie page de l'histoire qui je trouve reste bien méconnue, donc je conseille fortement.

    Et pour approfondir le sujet j'ai aussi maté sur Youtube les 4 parties du documentaire "Juger Pétain", ce qui donne des images et des voix sur les pages récemment lues.



  

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